— à savoir que vous saviez pertinemment que vous étiez dans l’erreur, tandis que les messagers étaient dans la vérité. Vous venez d’en avoir la preuve évidente, après l’avoir longtemps cachée et occultée. Si l’on vous renvoyait sur terre, vos âmes ne se résoudraient toujours pas à la foi ; vous retourneriez au polythéisme et au démenti. Car, s’ils ont souhaité croire, ce n’est pas parce qu’ils ont alors reconnu que la foi est la vérité et que l’association est fausseté ; ils ne l’ont désirée qu’en raison du châtiment qu’ils voyaient, un tourment qu’ils n’avaient pas la force de supporter.
Cela ressemble à l’homme qui cache son amour et sa fréquentation d’une personne, tout en sachant que cet attachement est blâmable et que la voie droite consiste à s’en détourner. On lui dit : « Si son tuteur te surprend, il te punira. » Il le sait, mais persiste et réplique : « Au contraire, l’aimer et vivre auprès d’elle est la voie juste. » Puis, lorsque le tuteur le saisit pour le châtier et que la sanction devient certaine, il souhaite qu’on lui épargne le supplice et de ne plus jamais la rencontrer. Pourtant, son cœur reste plein d’amour pour elle et d’empressement à la fréquenter ; ce penchant le poussera à récidiver dès que possible, même après avoir vu la punition de ses propres yeux, voire après en avoir souffert et en être épuisé.
Ainsi, la sanction a mis en évidence la conscience qu’il dissimulait de son erreur et la justesse de la mise en garde qu’il avait reçue ; et, s’il était relâché, il retournerait à ce qui lui avait été interdit.
Réfléchis, enfin, à la parfaite adéquation de la particule d’opposition bal (« mais ») à ce sens : elle réfute leur affirmation : « Si nous étions renvoyés, nous croirions et nous confirmerions, car il nous est maintenant clair que les messagers disaient vrai. » Autrement dit : il n’en est rien ; vous le saviez déjà, vous en étiez conscients et vous le cachiez. Rien de nouveau ne vous est apparu qui puisse servir d’excuse ; c’est seulement ce que vous connaissiez déjà qui s’est dévoilé, et vous vous recommandiez mutuellement de le taire et de le dissimuler. Allah sait infiniment mieux.
Quant au retournement des cœurs…
Sourate al-Anʿâm (6), versets 108-110 :
108 « Ne dénigrez pas ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allah, de peur qu’ils ne s’en prennent à Allah, dans un excès d’hostilité et par ignorance. Ainsi avons-Nous embelli à chaque communauté ce qu’elle pratique ; puis, c’est vers leur Seigneur que se fera leur retour, et Il les informera de ce qu’ils faisaient. »
109 « Ils jurent par Allah, de toute la force de leurs serments : “Si un signe nous parvient, nous y croirons à coup sûr.” Dis : “Les signes ne dépendent que d’Allah !” Mais qu’est-ce qui vous fait donc pressentir que, si ce signe venait, ils ne croiraient quand même pas ? »
110 « Nous retournons leurs cœurs et leurs regards, parce qu’ils n’ont pas cru la première fois, et Nous les laissons dans leur révolte, aveuglés. »
Ce passage se rattache à la parole divine précédente : « …que, si le signe venait, ils ne croiraient pas » ; autrement dit, Nous leur barrons la route de la foi, même si le signe qu’ils réclament leur était présenté, de sorte qu’ils ne croiraient toujours pas.
S’agissant de l’expression : « parce qu’ils n’ont pas cru la première fois », nombre d’exégètes ont dit : son sens est : Nous les empêchons de croire, tout comme Nous les en avons empêchés la première fois. Ibn ʿAbbâs (m. 68 H), dans la version rapportée par ʿAtâʾ, a dit : « Nous retournons… »