Plus solide encore est l’interprétation qu’al-Mubarrad a tirée de ce verset. Il déclare : « C’est comme si leur mécréance ne leur était pas apparente tant que son préjudice demeurait caché à leurs yeux. »
Autrement dit, parce que les conséquences funestes et la calamité finale de leur conduite ne leur étaient pas perceptibles, il leur semblait qu’elles n’existaient pas ; la réalité de leur égarement ne leur sautait pas aux yeux. Mais lorsqu’ils virent de leurs propres yeux le châtiment, la vérité de leur situation et toute sa nocivité se révélèrent pleinement.
Al-Mubarrad ajoute : « C’est comparable à ce que tu dis à quelqu’un à qui tu avais parlé d’une affaire : “Voilà que se manifeste à présent ce que je t’avais annoncé.” Or cette chose était en réalité évidente dès le départ. »
Il est toutefois malaisé de qualifier de « caché » leur polythéisme et leur mécréance — qu’ils clamaient haut et fort devant tout le monde, invitant proches et lointains à les suivre — sous prétexte que ses suites leur échappaient. De même, on ne dirait pas d’une personne qui étale l’injustice, sème la corruption, tue des innocents et ravage la terre qu’elle a « dissimulé » ces actes simplement parce qu’elle ignore la gravité de leurs retombées et que celles-ci demeurent voilées pour elle.
Le sens du verset — et Allah sait mieux ce qu’Il veut dans Ses paroles — est donc le suivant : lorsque ces polythéistes seront placés devant le Feu, le verront de leurs propres yeux et sauront qu’ils vont y entrer, ils souhaiteront être renvoyés dans ce monde pour croire en Allah et en Ses signes et ne plus démentir Ses messagers. Allah — exalté soit-Il — informe cependant que la réalité n’est pas celle-là : la foi ne fait pas partie de leur nature ni de leur disposition intime ; leur disposition profonde est la mécréance, le polythéisme et le démenti. S’ils étaient renvoyés, ils redeviendraient tels qu’ils étaient auparavant. Il précise encore qu’ils mentent lorsqu’ils prétendent : « Si nous étions renvoyés, nous croirions et nous confirmerions. »
Une fois ce but et cette intention du verset établis, la rupture exprimée par « bal » (« mais ») devient limpide, de même que ce qui leur est apparu, ce qu’ils dissimulaient et ce qui les a poussés à dire : « Hélas ! Puissions-nous être renvoyés et ne plus traiter les signes de notre Seigneur de mensonge. » En effet, ces gens savaient déjà, ici-bas, qu’ils étaient dans l’erreur, que les messagers disaient vrai dans ce qu’ils transmettaient de la part d’Allah ; ils en étaient certains et en avaient la conviction. Pourtant, ils le cachaient, ne le divulguaient pas entre eux, et s’entendaient même pour le passer sous silence.
Ce qui les a incités à souhaiter le retour et la foi n’est donc pas la découverte, à ce moment-là, d’une vérité qu’ils ignoraient auparavant au sujet de la véracité des messagers ; ils la connaissaient déjà mais la tenaient secrète. Ce jour-là, au contraire, s’est manifesté au grand jour ce qu’ils couvaient intérieurement