Quant à l’accomplissement (tamâm), il relève de la foi et des réalités immatérielles, tandis que les bienfaits d’Allah sont tantôt des choses concrètes, tantôt des qualités ou des notions.
Sa religion, pour sa part, n’est autre que Sa législation, laquelle englobe Ses ordres, Ses interdictions et tout ce qu’Il agrée. Il est donc plus judicieux d’associer la perfection (kamâl) à la religion et l’accomplissement (tamâm) à la grâce, de même qu’il est plus approprié d’attribuer la religion aux serviteurs et la grâce à Allah.
En définitive, cette grâce est la grâce absolue, exclusive aux croyants. Si l’on affirme, sous ce rapport, qu’Allah n’a aucun bienfait sur le mécréant, l’énoncé est exact. Vient ensuite la grâce conditionnée : la santé, la richesse, la vigueur du corps, l’ampleur du prestige, la descendance nombreuse, l’épouse vertueuse, et tout ce qui s’y apparente. Ces bienfaits sont communs au juste comme au pervers, au croyant comme au mécréant ; dire qu’Allah accorde un bienfait au mécréant à ce titre est donc véridique.
Toutefois, on ne peut poser l’affirmation ou la négation qu’à une seule condition : la grâce conditionnée, parce qu’elle sert au mécréant de marchepied vers une perdition progressive qui aboutira au châtiment et au malheur, cesse d’être une grâce pour devenir une calamité. C’est ainsi que le Très-Haut l’a qualifiée dans Son Livre : « Quant à l’homme, lorsque son Seigneur l’éprouve en l’honorant et en le comblant de bienfaits, il dit : “Mon Seigneur m’a honoré.” Mais quand Il l’éprouve en restreignant Sa subsistance, il dit : “Mon Seigneur m’a avili.” Certes, non ! » (89 : 15-16).
Autrement dit : celui que J’ai honoré et comblé ici-bas n’est pas nécessairement l’objet de Ma grâce ; il ne s’agit que d’une mise à l’épreuve et d’un test. De même, celui dont J’ai limité la subsistance, en la mesurant à ses besoins avec un léger surplus, n’est pas pour autant avili ; J’éprouve Mon serviteur par les bienfaits comme Je l’éprouve par les afflictions.
Si l’on objecte : « Comment concilier cela avec l’expression “Il l’honore”, qui affirme l’honneur, alors que l’homme est blâmé pour avoir dit : “Mon Seigneur m’a honoré” et qu’Allah réplique : “Certes, non !” signifiant : Ce n’est pas un honneur, mais une épreuve ? » Il semble en effet que l’honneur soit à la fois affirmé et nié. La réponse est la suivante : l’honneur affirmé n’est pas celui qui est nié ; ils relèvent simplement de deux formes différentes d’un même bienfait.