On répond :
Si, par le fait que l’action serait « à la portée » du serviteur, l’on vise l’intégrité de l’organe qui lui permet d’agir, la santé de ses membres, la présence de ses forces, la mise à sa disposition des causes de l’acte, la préparation et l’ouverture de la voie qui y mène, alors oui : l’action lui est possible à ce premier égard.
Mais si l’on entend par là la capacité concomitante à l’acte, capacité productrice telle que, dès qu’elle existe, l’acte ne saurait lui faire défaut, alors, sous cet angle, l’action ne lui est pas possible.
Pour préciser la question, sache que la capacité se décline en deux formes :
- Une capacité « validante » : il s’agit des causes, des conditions et de l’intégrité de l’outil; c’est sur elle que repose la charge légale. Elle précède l’acte mais ne l’engendre pas nécessairement.
- Une capacité concomitante à l’acte, inséparable de lui, de sorte que l’acte ne s’en sépare jamais. Celle-ci n’est pas exigée pour que la charge légale soit valable ; sa validité et sa justesse n’en dépendent donc pas.
Ainsi, la foi de celui qu’Allah n’a pas voulu voir croire, comme l’obéissance de celui dont Il n’a pas voulu l’obéissance, sont possibles selon la première acception, impossibles selon la seconde.
Par cette mise au point disparaît la prétendue difficulté relative à l’obligation de ce qui dépasserait les forces, comme on l’expliquera en son lieu, si Allah le veut.
Si l’on objecte : « Pour celui dont Allah savait qu’il ne croirait pas, a-t-Il créé une capacité de croire ou non ? », on répond : Il lui a bien créé une capacité validante, préalable à l’acte, sur laquelle repose l’ordre et l’interdiction ; mais Il ne lui a pas créé la capacité productrice, inséparable de l’acte, qui ne laisse aucune place à son absence. Celle-ci relève de Sa grâce, qu’Il accorde à qui Il veut, tandis que la première relève de Sa justice, par laquelle Sa preuve s’établit contre le serviteur.
S’il est encore dit : « Peut-il agir, alors que cette seconde capacité ne lui a pas été créée ? », nous répondrons : c’est exactement la question précédente, et tu en connais déjà la réponse. Tout succès vient d’Allah.
Parole d’Allah, exalté soit-Il : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, accompli sur vous Mon bienfait et agréé l’islam pour vous comme religion. » (5 : 3)