vous ne parcouriez pas un trajet, vous ne franchissiez pas une vallée sans qu’ils fussent avec vous. » — « Même s’ils sont à Médine ? », demandèrent-ils. Il répondit : « Oui, même s’ils sont à Médine ; un empêchement légitime les y a retenus. »
Partant de là, l’avis correct est le suivant : le verset montre que les sédentaires qui ne comptent pas parmi les gens dispensés du combat ne sont pas à l’égal des combattants. Du point de vue de son énoncé explicite, le texte ne statue pas sur leur sort, et son implication logique n’établit nullement leur égalité avec les combattants. En réalité, ces sédentaires se divisent en deux groupes :
- des excusés appartenant, de cœur et d’intention, aux gens du combat ; l’empêchement les a dominés et cloués sur place, mais leur résolution était ferme et ils n’ont rien négligé de ce qui entrait dans leur capacité ; seule l’incapacité effective les a arrêtés. Selon les preuves de la Loi, ceux-là reçoivent la même récompense que les combattants, et la négation de l’égalité ne les concerne donc pas ;
- les autres, pour lesquels le jugement d’infériorité demeure.
Quant au terme al-irkās, le Très-Haut dit (4 : 88) : « Qu’avez-vous à former deux groupes au sujet des hypocrites ? Allah les a renversés (arkasahum) à cause de ce qu’ils ont acquis. Voulez-vous diriger celui qu’Allah a égaré ? Or celui qu’Allah égare, tu ne lui trouveras jamais de voie. »
• Al-Farrâʾ commente : « arkasahum : Il les a ramenés à la mécréance. »
• Abū ʿUbayda remarque : on dit arkastu ou rakastu la chose — deux variantes — lorsqu’on la renvoie.
• ar-riks désigne le fait de retourner quelque chose sur sa tête ou d’en inverser le commencement et la fin ; al-irtikâs signifie la rechute, l’apostasie.
Umayya a dit :
« Ils furent précipités dans l’eau bouillante de l’Enfer, car ils avaient désobéi et proféré le mensonge et la calomnie. »
De là vient que l’on appelle la fiente ar-riks : elle est revenue à l’état d’impureté. Pour la même raison, on la nomme aussi rajîʿ ; ar-riks, an-naks, al-markūs, al-mankūs ont un sens équivalent.
Al-Zajjâj écrit : « arkasahum : Il les a abaissés et repoussés. » Autrement dit, Il les a fait retourner au statut des mécréants, marqué par l’humiliation et la bassesse. Le Très-Haut expose ainsi Son jugement, Son décret et Sa justice : leur renversement est la conséquence de leurs propres acquis et de leurs actes, comme Il dit encore (83 : 14) : « Au contraire ! Ce qu’ils acquéraient a couvert leurs cœurs d’une rouille. » Voilà le véritable tawḥîd (l’affirmation de l’unicité) et voilà la justice divine, non pas ce qu’affirment les qadariyya et les muʿaṭṭila, pour qui le tawḥîd consisterait à nier les attributs et la justice à rejeter le qadar (décret divin).