Allah — exalté soit-Il — a d’abord écarté toute idée d’égalité entre les croyants qui demeurent sédentaires, loin du combat, et ceux qui luttent dans Son chemin ; puis Il a annoncé qu’Il avait élevé les combattants d’un degré au-dessus des sédentaires ; enfin, Il a indiqué qu’Il les avait encore surélevés de plusieurs degrés.
Ce verset a suscité une difficulté chez certains. En effet, si les « sédentaires » sur lesquels les combattants sont préférés par plusieurs degrés sont les mêmes que les sédentaires mentionnés dans l’exception « excepté ceux qui sont frappés d’un empêchement » (ʾulû ḍ-ḍarar), cela signifie que ces derniers ne font pas partie des excusés. Les combattants jouiraient alors, de façon absolue, d’une supériorité sur tous les sédentaires. Dès lors, quel sens aurait l’exclusion des personnes atteintes d’un empêchement si, de toute manière, elles ne peuvent en aucun cas être mises sur un pied d’égalité avec les combattants ? L’objet de l’exception se confondrait avec l’objet dont il est retranché — ce qui est incohérent.
Telle est la nature de la difficulté. Par la grâce d’Allah, nous allons l’éclaircir. Disons donc :
Les récitateurs divergent sur l’analyse grammaticale du terme ghayr. On le lit au nominatif et à l’accusatif dans les sept lectures canoniques ; et au génitif dans d’autres lectures, notamment celle d’Abû Ḥabwah.
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La lecture à l’accusatif s’appuie sur la fonction d’exceptif : ghayr se décline, dans une construction d’exclusion, comme le nom qui suit illâ, c’est-à-dire à l’accusatif. C’est l’avis correct.
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Certains ont soutenu qu’il s’agit d’un accusatif de circonstanciel (ḥâl) : autrement dit, « les sédentaires, tant qu’ils ne sont pas frappés d’un empêchement, ne sauraient être mis sur le même rang que les combattants » ; ils ne leur sont pas égaux lorsqu’ils jouissent d’une bonne santé.
Or l’explication par l’exceptif reste préférable, car ghayr n’apparaît presque jamais comme ḥâl dans leur langue, sauf lorsqu’il est annexé à un indéfini, comme dans :
– « faman iḍṭurra ghayra bāghin » (La Vache, 2 : 173) : « …celui qui y est contraint, sans volonté de transgresser… » ;
– « uḥillat lakum bahīmatul-anʿâm illâ mâ yutlâ ʿalaykum, ghayra muḥillî ṣ-ṣayd » (La Table servie, 5 : 1) : « Il vous est permis de consommer le bétail, sauf ce qui vous est récité ; et sans que vous ne soyez des profanateurs de la chasse… » ;
– la parole du Prophète — paix et bénédiction sur lui : « Marḥaban bil-wafd ghayra khazâyâ wa-lâ nadâmâ » (« Soyez les bienvenus, ô délégation, sans honte ni remords. »).Lorsque ghayr est annexé à un nom défini, il suit alors grammaticalement ce qui le précède, comme dans l’expression coranique : « sirâṭ… » (« le chemin de… »).