ʿÂʾisha — qu’Allah l’agrée — a rapporté du Prophète ﷺ au sujet de la parole « an lâ taʿûlû » : « c’est-à-dire : ne soyez pas injustes ». Une autre version précise : « afin que vous ne penchiez pas ».
Et l’on retrouve cette explication chez Ibn ʿAbbâs, al-Ḥasan, Qatâda, ar-Rabîʿ, as-Suddî, Ibn Mâlik, ʿIkrima, al-Farrâʾ, az-Zajjâj, Ibn Qutayba et Ibn al-Anbârî.
J’ajoute : plusieurs indices imposent de retenir ce sens pour le verset, même si l’avis évoqué par aš-Šâfiʿî correspond à une variante lexicale que al-Farrâʾ rapporte d’al-Kisâʾî. Ce dernier déclare : « Certains Compagnons emploient ʿâla yaʿûlu pour dire : “il a beaucoup de personnes à charge”. Je l’ai moi-même entendu chez les Arabes et c’est une langue soignée. » Malgré cela, la première interprétation s’impose pour plusieurs raisons :
Premièrement : c’est le sens reconnu en arabe classique, à tel point qu’on n’en connaît guère d’autre. La tournure ʿâla yaʿûlu au sens de « avoir de nombreux dépendants » ne se rencontre, hormis le témoignage d’al-Kisâʾî, chez aucun autre lexicographe.
Deuxièmement : ce sens est rapporté du Prophète ﷺ ; même si la chaîne est inhabituelle, un propos prophétique prévaut comme élément de pondération.
Troisièmement : il est également transmis par ʿÂʾisha et Ibn ʿAbbâs sans qu’aucun exégète ne les contredise, et al-Ḥâkim Abû ʿAbd Allâh affirme que l’explication donnée par un Compagnon a, pour nous, valeur de hadith remontant au Prophète.
Quatrièmement : les preuves déjà mentionnées concernant la recommandation d’épouser des femmes fécondes, ainsi que la parole du Prophète ﷺ selon laquelle il se glorifiera du grand nombre de sa communauté le Jour de la Résurrection, contredisent l’interprétation fondée sur la multiplicité des personnes à charge.
Cinquièmement : le contexte même du verset traite du moyen de se détourner de l’injustice et de la tyrannie pour leur substituer un comportement équitable. Au début du passage (4 : 3), Allah dit : « Si vous redoutez de ne pas être équitables envers les orphelines, alors épousez celles qui vous plaisent parmi les femmes, deux, trois ou quatre. » Il leur indique ainsi la façon d’échapper à une éventuelle iniquité envers les orphelines : contracter mariage avec des femmes majeures qu’ils désirent, jusqu’à quatre. Puis Il leur montre comment éviter l’injustice consistant à ne pas traiter ces épouses avec équité, en concluant : « Mais si vous craignez de ne pas être justes, alors une seule. »