Sourate an-Nisâʾ
Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
[an-Nisâʾ (4) : 3]
« Si vous redoutez de ne pas être équitables envers les orphelines, épousez celles qui vous plaisent parmi les femmes, deux, trois ou quatre. Mais si vous craignez de ne pas être justes, alors une seule, ou celles que possède votre main droite. Cela est plus à même de vous préserver de l’injustice. » (4:3)
Aš-Šâfiʿî a commenté : « afin que vos charges familiales ne deviennent pas trop lourdes », d’où il déduit que le petit nombre de personnes à charge est préférable.
On répondit : aš-Šâfiʿî a bien dit cela, mais la majorité des exégètes, anciens comme postérieurs, ne le suivent pas. Ils soutiennent que le sens du verset est : « c’est plus proche du fait de ne pas être iniques ni de pencher (vers l’injustice). » En arabe, on dit ʿâla ar-rajulu yaʿūlu ʿawlan lorsqu’un homme penche et commet l’injustice ; de là l’expression ʿawl al-farâʾiḍ, parce que les quotes-parts augmentent. À l’inverse, ʿâla yaʿīlu ʿaylatan signifie « être dans le besoin ». Le Très-Haut dit : « Et si vous craignez la pauvreté, Allah vous enrichira de Sa grâce » (9:28).
Le poète a dit :
« Le pauvre ignore quand viendra sa richesse,
Et le riche ignore quand il tombera dans la gêne. »
Quant à l’idée de « nombreux dépendants », elle ne relève ni de l’un ni de l’autre de ces deux verbes ; elle provient de la forme afʿala : on dit aʿāla ar-rajulu yuʿīlu lorsqu’il a beaucoup de personnes à charge, comme on dit albana ou atamara quand quelqu’un devient pourvu de lait ou de dattes. Tel est l’avis des spécialistes de la langue.
Al-Wâḥidî a écrit dans son Basîṭ : « Le sens de taʿūlū est “pencher et commettre l’injustice”, selon l’ensemble des gens du tafsîr et de la langue », et il en rapporte un hadith remontant au Prophète.