— Oui, répondit-il ; elle a mis bas un agneau l’an dernier, et le loup l’a dévoré à cet endroit même.
Nous poursuivîmes notre route et croisâmes un groupe auprès duquel se trouvait une femme voilée perchée sur son chameau ; l’animal beuglait et inclinait le cou vers elle. Notre compagnon demanda : « Savez-vous ce que dit ce chameau ? » — « Non », répondîmes-nous. Il reprit : « Il maudit sa cavalière ; il prétend qu’elle a fixé la selle sur une pointe d’aiguille plantée dans sa bosse. »
Nous allâmes donc trouver ces gens : « Notre ami affirme que ce chameau maudit celle qui le monte et qu’elle a sanglé la selle sur une aiguille fichée dans sa bosse. » Ils firent agenouiller l’animal, le déchargèrent, et l’on découvrit la chose exactement comme il l’avait annoncé.
Voyez : une simple brebis a mis son petit en garde contre le loup une seule fois, et l’agneau s’est tenu sur ses gardes. Allah, exalté soit-Il, a pourtant averti le fils d’Adam de son loup à maintes reprises ; mais l’homme s’obstine : dès qu’il l’appelle, il accourt, passe la nuit avec lui et se lève avec lui. « Lorsque tout sera décrété, Satan dira : “Allah vous avait promis la vérité ; moi, je vous ai promis puis j’ai trahi. Je n’avais sur vous aucun pouvoir, sinon de vous appeler ; vous m’avez répondu. Ne me blâmez donc pas, blâmez-vous vous-mêmes. Je ne puis vous secourir, pas plus que vous ne sauriez me secourir. Je renie ce que vous m’avez jadis associé.” Les injustes auront un châtiment douloureux. » (14 : 23)
« Ô vous qui croyez ! Soyez patients, rivalisez de patience, tenez-vous en position et craignez Allah afin que vous réussissiez. » (3 : 200)
Ainsi Il leur ordonne la patience, qualité qui concerne l’état intérieur de celui qui endure. La musâbara – rivaliser de constance – consiste à tenir tête à l’adversaire sur le champ de la patience ; la forme grammaticale implique une confrontation réciproque, comme dans « s’injurier » ou « se battre » : c’est l’attitude du croyant lorsqu’il patiente face à son opposant. Quant à la murâbata, c’est la fermeté, la permanence : demeurer dans la patience et la musâbara.
Il arrive qu’un serviteur patiente sans pratiquer la musâbara, ou qu’il pratique la musâbara sans tenir la murâbata ; il peut encore patienter sans musâbara, ou tenir la murâbata sans se vouer à la crainte d’Allah. Le Très-Haut déclare donc que la clef de tout cela est la piété, et que la réussite en dépend entièrement.