par Ta miséricorde, j’implore secours ; rétablis l’ensemble de mes affaires ; ne me laisse pas à moi-même, fût-ce l’espace d’un clin d’œil, ni ne me confie à aucune de Tes créatures. »
Le serviteur se trouve donc placé entre Allah et son ennemi, Iblîs ; si Allah le prend en charge, son adversaire ne saurait triompher de lui. Mais s’Il l’abandonne et se détourne de lui, Satan le dévore comme le loup dévore la brebis.
On pourrait objecter : « Quelle faute a la brebis si le berger la laisse seule face au loup ? Peut-elle seulement lui résister et s’en sauver ? »
Nous répondrons — par la vie d’Allah — que le diable est bel et bien le loup de l’homme, comme l’a déclaré le Véridique, le digne de confiance (ﷺ). Toutefois, Allah n’a concédé à ce loup maudit aucun pouvoir sur cette brebis, si faible soit-elle. Mais si la brebis se rend, pactise avec le loup, qu’il l’appelle et qu’elle répond aussitôt, obéit à son ordre sans hésiter, se hâte vers lui docilement, quitte l’enclos du berger — lieu où les loups n’ont pas d’accès — pour pénétrer dans leur repaire, où quiconque entre devient leur proie, que peut-on attendre sinon que le loup agisse en loup et la dévore ? Que dire, de surcroît, quand le berger ne cesse de l’avertir, de l’effrayer et de la mettre en garde, lui montrant le sort des brebis qui se sont écartées de lui et se sont engagées dans le vallon des loups ?
Ahmad ibn Marwân al-Mâlikî rapporte, dans son ouvrage Al-Mujâlasa : « J’ai entendu Ibn Abî al-Dunyâ dire : “Allah — exalté soit-Il — possède des sciences innombrables ; Il en accorde à chacun une part qu’Il ne donne pas à l’autre.” Abû ʿAbd Allâh Aḥmad ibn Muḥammad ibn Saʿîd al-Qaṭṭân nous a relaté, d’après ʿUbayd Allâh ibn Bakr as-Sahmî, lui-même le tenant de son père : “Des hommes étaient en voyage ; parmi eux se trouvait quelqu’un qui, chaque fois qu’un oiseau passait, demandait : « Savez-vous ce qu’il dit ? » Nous répondions : « Non. » Il affirmait : « Il dit ceci ou cela », de sorte que nous ignorions s’il disait vrai ou non.
“Lorsqu’ils atteignirent un troupeau, ils virent une brebis restée en arrière auprès de son agneau ; elle tendait vers lui le cou en bêlant. L’homme demanda : « Savez-vous ce que dit cette brebis ? » Nous répondîmes : « Non. » Il dit : « Elle dit à son petit : “Rattrape le troupeau, que le loup ne te dévore pas comme il a dévoré ton frère l’année dernière, en ce même endroit.” »
“Nous arrivâmes ensuite jusqu’au berger et nous lui demandâmes : « Cette brebis a-t-elle déjà mis bas l’an dernier ? »”