Les exégètes divergent au sujet du terme ṣarr (صرّ). Certains y voient un froid intense ; d’autres, un feu — c’est l’avis d’Ibn ʿAbbâs. Ibn al-Anbârî explique quant à lui que le vent est qualifié de ṣarr en raison du sifflement qu’il produit lorsqu’il s’enflamme. D’autres encore affirment que ṣarr désigne le fracas qui accompagne le vent quand il souffle avec violence.
Ces trois explications se complètent : il s’agit d’un froid extrême qui brûle la culture en la desséchant, tout comme le ferait le feu, et qui s’accompagne d’un grondement puissant.
L’expression : « elle s’est abattue sur la récolte d’un peuple qui s’est fait du tort » signale que la cause première de ce fléau est leur propre injustice. C’est bien elle qui a déchaîné contre eux ce vent, jusqu’à anéantir leur semence et la dessécher. Leur injustice est donc, en réalité, le vent qui a détruit leurs œuvres et leurs dépenses.
Quant au khidhlân (l’abandon), le Très-Haut dit :
« Si Allah vous secourt, nul ne pourra vous vaincre ; mais s’Il vous abandonne, qui donc, après Lui, vous secourra ? C’est donc en Allah que les croyants doivent placer leur confiance. » ⦗3 : 160⦘
À l’origine, khidhlân signifie l’abandon et la mise à l’écart. On appelle khadhûl la vache ou la brebis qui, restant auprès de son petit dans le pâturage, se sépare de ses compagnes.
Muhammad ibn Isḥâq a commenté ce verset : « Si Allah te secourt, nul parmi les hommes ne pourra te dominer et l’abandon de ceux qui t’abandonnent ne te nuira point ; mais s’Il t’abandonne, les hommes ne te secourront pas. Autrement dit : ne remets pas Mon affaire aux gens, délaisse les gens pour Mon affaire. »
Le khidhlân consiste donc en ce qu’Allah place le serviteur face à lui-même et le renvoie à sa propre âme, tandis que son contraire, le tawfîq (la réussite), veut qu’Il ne le laisse pas à lui-même, ne l’y abandonne pas : Il agit en sa faveur, se montre bienveillant, l’assiste, repousse de lui le mal et le protège comme un père plein de tendresse veille sur un enfant incapable de se défendre. Celui qu’Il laisse seul face à son âme est perdu, d’une perte totale.
C’est pour cela que le Prophète ﷺ invoquait ainsi : « Ô Toi, le Vivant, le Subsistant, Créateur prodigieux des cieux et de la terre, Détenteur de majesté et de munificence, il n’est de divinité que Toi, »