puisqu’elle ne permet d’interpeller qu’un nom de genre précédé de l’article défini – « l’homme », « le Messager », « le Prophète » – tandis qu’elle ne s’emploie pas pour les noms propres.
Ils ont donc, par nécessité, dérogé à leur règle dans ce Nom. Quand ils y ont inséré le mîm redoublé pour remplacer le signe du pluriel, ils lui ont encore fait tenir lieu de particule vocative, si bien qu’ils n’ont pas réuni les deux. Allah est plus savant.
[sourate Âl ‘Imrân (3) : verset 43]
« Ô Marie, sois assidue envers ton Seigneur, prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent. »
Il s’agit ici d’un « placement par mérite » : la prosternation est mise en avant parce qu’elle est supérieure, et le serviteur n’est jamais aussi proche de son Seigneur que lorsqu’il est prosterné.
Objection : l’inclination précède pourtant la prosternation par nature, dans le temps et dans l’usage, puisqu’elle marque la transition du haut vers le bas, et que l’élévation précède naturellement l’abaissement. Pourquoi, dès lors, ne pas avoir mentionné d’abord l’inclination ?
Réponse :
Prête attention à la formulation : le verset dit « incline-toi avec ceux qui s’inclinent », et non « prosterne-toi avec ceux qui se prosternent ». Ici, le mot « prosternation » désigne la prière et vise la prière qu’elle accomplit dans sa maison, car la prière d’une femme chez elle est meilleure pour elle que celle qu’elle accomplit parmi les siens. Puis il lui est dit : « incline-toi avec ceux qui s’inclinent », c’est-à-dire : prie avec les fidèles dans la Maison sainte. Il ne s’agit pas d’ordonner l’inclination isolément, sans les autres actes de la prière ; le verbe « incliner » est employé pour désigner la prière entière, comme lorsque l’on dit : « j’ai accompli deux rakʿas, quatre rakʿas », en parlant de la prière et non du seul geste d’inclination.
Ainsi, le verset renferme deux prières : sa prière solitaire, évoquée par la prosternation, la prosternation étant l’état le plus noble du serviteur et, de même, la prière de la femme chez elle étant la meilleure pour elle ; puis sa prière à la mosquée, évoquée par l’inclination, laquelle, en mérite, vient après la prosternation – tout comme la prière en assemblée est d’un rang inférieur à la prière qu’elle accomplit seule dans son oratoire privé.