Telle est, d’une manière générale, la structure des invocations du Prophète ﷺ.
Dans la prière qu’il enseigna à l’Ami Véridique de la communauté, Abû Bakr al-Siddîq, qu’Allah l’agrée, ⦗1⦘, les trois volets apparaissent ensemble. Il commence en effet par ces mots : « Allâhumma, je me suis fait grand tort à moi-même » ; c’est là la condition du suppliant. Puis il ajoute : « Et nul ne pardonne les péchés si ce n’est Toi » ; c’est la condition de Celui à qui l’on s’adresse. Ensuite il dit : « Pardonne-moi », exprimant ainsi son besoin, et il conclut la demande par deux des plus beaux Noms qui conviennent à la requête et l’impliquent.
L’explication que nous avons retenue est rapportée de plusieurs Anciens. Al-Hassan al-Basrî disait : « Allâhumma est la formule qui concentre toute invocation. » Abû Rajâ’ al-‘Aṭṭâridî affirmait : « La lettre mîm de Allâhumma renferme quatre-vingt-dix-neuf Noms d’Allah, exalté soit-Il. » Al-Naḍr ibn Shumayl déclarait : « Quiconque prononce Allâhumma invoque Allah par l’ensemble de Ses Noms. »
Certains ont justifié cet avis en disant que le mîm tient ici la place du wâw indiquant le pluriel, les deux lettres partageant le même point d’articulation. C’est comme si l’orant disait : « Ô Allah, Toi en qui se réunissent les plus beaux Noms et les attributs les plus élevés. » Le mîm a donc été redoublé pour remplacer le signe du pluriel — le wâw et le nûn de « muslimûn » et semblables.
D’après l’explication que nous avons adoptée, à savoir que le seul mîm suffit à signifier le pluriel, cette justification devient inutile.
Reste la question : pourquoi ne pas avoir réuni le yâ’ d’appel et ce mîm, selon l’opinion correcte ?
La réponse est que l’analogie grammaticale veut que la particule vocative n’entre pas sur ce Nom en raison de l’article défini qui le précède. Ils n’y ont néanmoins recouru, dans ce cas, qu’en raison de la fréquence avec laquelle ils L’invoquent, de la nécessité où ils se trouvent et de la recherche de secours auprès de Lui. Il leur faudrait, soit retrancher l’article, ce qui est impossible car il lui est inséparable, soit user de la particule ayya, ce qui n’est pas permis,