la mīm est une consonne labiale : pour l’articuler, celui qui parle réunit ses deux lèvres. Les Arabes en ont donc fait le signe même de la pluralité ; ainsi, pour une seule personne présente, ils disent : anta (tu), et lorsqu’ils passent au pluriel : antum (vous). Pour la troisième personne au singulier, ils disent : huwa (il), et, au pluriel : hum (ils). Il en va de même pour les pronoms joints : ḍarabtu (je frappai), ḍarabtum (vous frappâtes) ; iyyāka (toi), iyyākum (vous) ; iyyāhu (lui), iyyāhum (eux) ; et d’autres tournures encore, telles que bihi (avec lui) et bihim (avec eux).
Lorsqu’une chose n’est que d’un bleu ordinaire, on dit azraq ; mais si son azur s’intensifie, se concentre et se fixe, on dit zarqam. Pour désigner un postérieur particulièrement volumineux, on emploie encore suttuhm — sur le même gabarit que qunfudh (hérisson).
Observe les mots comportant la mīm : tu y verras toujours l’idée de rassemblement attachée à cette lettre. Ainsi : lamma al-shay’a – yaltummuhu, « il regroupe la chose ». D’où l’invocation : lamma-llāhu shaʿthahu, « qu’Allah réunisse ce qui, dans ses affaires, s’est dispersé ». De même, dār lammūma : « maison qui rassemble les gens ».
Il en va de même pour l’expression al-akl al-lamm : « il mange sa part et celle de son compagnon » ; l’expression dérive de lamm (rassembler), comme la racine laffa – yaliffu (envelopper, réunir). On dira encore : alama bi-shayʾ, « il s’en approcha presque jusqu’à le rejoindre ».
Relèvent encore de cette famille : al-lamam, les péchés mineurs qui frôlent les capitaux ; al-mulimma, la calamité qui s’abat ; al-limma, la chevelure ramassée et contractée qui dépasse le lobe de l’oreille ; et tous les dérivés de lamm.
Citons encore badr al-tamm : la pleine lune lorsque sa clarté est complète et comme rassemblée ; al-taw’am : les jumeaux réunis dans un même ventre ; et, enfin, al-umm (la mère).
L’umm d’une chose est son origine, le tronc d’où tout procède ; elle en est le principe unificateur. C’est pourquoi La Mecque est appelée Umm al-Qurā (la Mère des cités), la sourate liminaire Umm al-Qurʾān, et la Table préservée Umm al-Kitāb.
Al-Jawharī a dit : « l’umm d’une chose, c’est son origine ; La Mecque est la Mère des cités. » On dit encore : Umm mathwāk — la maîtresse de ta demeure, celle auprès de qui tu te réfugies et avec qui tu te rassembles ; et Umm al-dimāgh, la membrane qui enveloppe le cerveau, qu’on appelle aussi Umm al-ra’s.
Allah — exalté soit-Il — dit, à propos des versets parfaitement explicites