— avec fatḥa sur la première consonne — pour désigner l’action même.
Il ne fait aucun doute que la substance (al-jism) est plus « forte » que l’accident (al-ʿaraḍ) ; on a donc attribué la voyelle la plus vigoureuse au terme le plus vigoureux et la voyelle la plus faible à ce qui l’est moins. Il en va de même pour nahb : nahb (kasra) désigne le butin, tandis que nahb (fatḥa) renvoie à l’acte de piller. De même, milʾ (kasra) vise le contenu qui remplit un récipient, alors que malʾ (fatḥa) est le nom d’action, « le remplissage ». Autre exemple : ḥiml (kasra) s’emploie pour une charge lourde qui pèse sur le porteur — dos, tête ou autre membre — alors que ḥaml (fatḥa) vise ce qui est léger et peu pesant, comme la gestation d’un animal ; le fruit porté par l’arbre relève aussi de ce second sens, d’où la vocalisation ouverte.
Considère encore ḥibb (kasra) et ḥubb (ḍamma). La première forme désigne l’être aimé, la seconde le nom d’action, l’amour. Par cette répartition, les Anciens indiquent la légèreté du bien-aimé dans leurs cœurs, la délicatesse de sa place en eux et sa douceur à leurs yeux, alors que le poids de l’amour, son caractère contraignant — tel un créancier s’attachant à son débiteur — se fait lourd ; d’où le terme gharām (amour passionnel). De là vient qu’ils décrivent souvent le port de ce sentiment comme dur et pénible, affirmant que les créatures les plus massives, faites de roche ou de fer, fondraient si elles le portaient et seraient incapables de le soutenir — thème abondant dans la poésie ancienne et récente. Il convenait donc de donner ici au nom d’action la voyelle forte et, à l’être aimé, la voyelle plus légère.
Dans la même veine, qabḍ avec consonne médiane muette sert pour l’acte de saisir, tandis que qabḍ, lorsque cette consonne est vocalisée, se rapporte à l’objet saisi ; l’émission d’une voyelle est en effet plus puissante que le repos, et l’objet saisi est plus « fort » que le simple nom d’action. On trouve un parallèle avec sabq : sabq (sukun) pour l’action même, sabaq (fatḥa) pour la somme engagée dans le contrat de course.
Observe encore : dāra, dawranan ; fārat al-qidru, fawrānan ; ghalat, ghilyānan. Dans ces noms d’action, la succession des voyelles reproduit la succession du mouvement désigné ; le mot épouse ainsi le sens.
Enfin, considère ḥajar (pierre) et hawāʾ (air) : vois comment ils ont réservé au sens lourd et compact