Tout ce qui précède ne saurait donc fonder la construction hypothétique qu’ils ont avancée. Allah est le plus savant.
On a encore soutenu que l’adjonction de la lettre mīm vise à magnifier et à exalter, de même qu’on la trouve dans zarqam pour « d’un bleu très prononcé » et dans ibnam, forme renforcée de ibn (« fils »).
Cette remarque est juste, mais elle appelle un complément : son auteur a perçu une idée exacte qu’il faut expliciter. La mīm, en effet, évoque et requiert la notion de pluralité ; son point d’articulation l’y prédispose.
Ce raisonnement repose sur le principe — admis par les maîtres de la philologie arabe — de la correspondance entre le son et le sens. Abû al-Fath Ibn Jinnî y consacre un chapitre dans Al-Khaṣâʾiṣ, en attribue l’idée à Sîbawayh et la confirme par maints exemples d’harmonie phonétique-sémantique.
Il écrit ensuite : « Il m’est arrivé, après avoir longtemps réfléchi, qu’un mot dont j’ignorais l’origine me parvienne ; j’en pressentais alors le sens à la force de sa sonorité et à l’affinité de ses lettres avec ce sens. Lorsque je vérifiais, je le trouvais conforme à mon intuition ou presque. »
J’ai rapporté ces propos d’Ibn Jinnî à Shaykh al-Islâm. Il me répondit : « Il m’arrive très souvent la même chose. » Puis il m’exposa un passage d’une grande utilité sur l’adéquation entre le mot et son idée, ainsi que sur la convenance des voyelles à la signification : en règle générale, la ḍamma, la plus “forte” des voyelles, est réservée au sens le plus fort ; la fatḥa, plus légère, au sens léger ; la kasra, intermédiaire, à la signification moyenne.
Ainsi l’on dit ʿazza yaʿizz (avec fatḥa sur l’ʿayn) lorsqu’une chose devient dure ; on qualifie de terre ʿazâz une terre compacte. On dit ʿazza yaʿizz (avec kasra) quand la chose devient réfractaire : l’inaccessibilité surpasse en effet la simple dureté, car un objet peut être solide sans pour autant résister à celui qui le brise.
On dit encore ʿazzahu yaʿuzzuhu pour signifier « il l’a dominé ». Allah — qu’Il soit exalté — dit, dans le récit de David (38 : 23) : « … et il m’a surpassé dans la discussion. » La domination l’emporte sur la seule résistance : une chose peut se retrancher face à son adversaire sans le vaincre. Au vainqueur on a donc attribué la voyelle la plus forte, la ḍamma ; au solide, moins fort que le réfractaire, la voyelle la plus faible, la fatḥa ; et au réfractaire, intermédiaire entre ces deux niveaux, la voyelle moyenne, la kasra.
On rencontre un parallèle avec le terme « ḏibḥ » — avec kasra initiale — qui désigne le lieu de l’abattage, et « ḏabḥ » —