Sixièmement : L’orant qui invoque ce Nom n’a nullement cette construction hypothétique à l’esprit ; après l’avoir prononcé, il concentre toute son attention sur la requête elle-même.
Septièmement : Si l’analyse suggérée était fondée, « Allâhumma » formerait alors, à elle seule, une phrase complète sur laquelle il serait permis de s’arrêter, puisqu’elle renfermerait le nom interpellé et le verbe exprimant la demande. Or cela est faux.
Huitièmement : Toujours selon cette hypothèse, on aurait dû écrire le seul impératif, sans le rattacher au vocatif, exactement comme on dit : « yā Allâh qih » «1», « yā Zayd ‘ih » «2» ou « yā ‘Amr fih » «3». En effet, jamais un verbe n’est soudé graphiquement au nom qui le précède au point d’en faire un même mot. Cette absence totale de parallèles dans l’orthographe – jointe à l’accord unanime pour attacher la mīm au nom Allâh – prouve qu’il ne s’agit pas d’un verbe indépendant.
Neuvièmement : Il n’est ni correct ni harmonieux, dans la prière, que le serviteur dise : « Allâhumma amminî pour telle chose » ; l’expression est forcée tant dans la forme que dans le sens. On ne dit : « Adresse-toi à moi pour telle chose » qu’à quelqu’un susceptible d’erreur ou d’oubli. Quant à Celui qui n’agit que selon Sa volonté, qui ne s’égare ni n’oublie, on ne Lui dit pas : « Adresse-Toi à… ».
Dixièmement : On peut employer cette locution dans un contexte où elle n’est suivie d’aucune demande explicite, ainsi qu’on le trouve dans l’invocation prophétique : « Allâhumma, à Toi la louange, vers Toi la plainte, c’est Toi que l’on sollicite pour le secours, auprès de Toi l’on cherche refuge, sur Toi repose la confiance ; il n’est de puissance ni de force que par Allâh. » De même il disait : « Allâhumma, ce matin je Te prends à témoin, ainsi que les porteurs de Ton Trône, Tes anges et l’ensemble de Tes créatures, que Tu es Allâh ; point de divinité en dehors de Toi, l’Unique sans associé, et que Mohammed est Ton serviteur et Ton Messager. »
On lit encore dans le Coran (3 : 26) : « Dis : Allâhumma, Maître de la royauté, Tu accordes la royauté à qui Tu veux, et Tu l’ôtes à qui Tu veux ; Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux… » ; et (39 : 46) : « Dis : Allâhumma, Créateur des cieux et de la terre, Connaisseur de l’invisible et du visible, c’est Toi qui jugeras entre Tes serviteurs au sujet de ce sur quoi ils divergeaient. »
Enfin, dans son inclinaison puis sa prosternation, le Prophète ﷺ proclamait : « Gloire et pureté à Toi, Allâhumma, notre Seigneur, et par Ta louange ; Allâhumma, pardonne-moi. »