Tels sont donc les six attributs des ayants droit à l’aumône : la plupart des gens les ont écartés et ne retiennent plus que l’apparence de la pauvreté, son simple habit sans la réalité qu’il recouvre. Quant aux autres traits énoncés, ceux qui les possèdent se font rares, et plus rares encore sont ceux capables de les reconnaître. Allah accorde Sa grâce à qui Il veut ; ceux-là sont les bienfaisants par leurs biens.
Deuxième catégorie : les injustes, à l’opposé des précédents. Ils « égorgent » le nécessiteux acculé ; lorsqu’il s’adresse à eux sous la contrainte du besoin, ils ne desserrent son étreinte qu’en lui imposant un surplus sur ce qu’ils lui avancent. Ce sont les gens de l’usure. Aussi le Très-Haut les a-t-Il évoqués immédiatement après en disant :
[Sourate al-Baqara (2 : 278)]
« Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et renoncez au reliquat de l’usure, si vraiment vous êtes croyants. »
Le verset s’ouvre sur l’injonction de Le craindre, puisqu’elle s’oppose radicalement à l’usure. Il commande d’abandonner tout intérêt restant après la révélation du verset et leur fait grâce de ce qu’ils avaient déjà perçu avant l’interdiction ; sans cette mansuétude, ils auraient dû restituer les gains perçus avant le bannissement de l’usure. Cette obéissance est suspendue à la condition de la foi ; or ce qui est subordonné à une condition disparaît lorsque la condition fait défaut. Ensuite, l’interdiction est confirmée par la menace la plus sévère : l’usurier se trouve en guerre contre Allah et Son Messager.
[Sourate al-Baqara (2 : 279)]
« Et si vous ne le faites pas, recevez l’annonce d’une guerre de la part d’Allah et de Son Messager ; mais si vous vous repentez, vous conserverez vos capitaux : vous ne léserez personne et personne ne vous lésera. »
Il ressort donc de cet avertissement que l’usurier combat Allah et Son Messager ; Allah l’a déjà prévenu de Sa guerre. Une telle menace n’a été formulée pour aucun autre grand péché, si ce n’est l’usure, le brigandage et la corruption sur terre ; car chacun d’eux sème le désordre et coupe la route aux gens : le brigand par la contrainte et la tyrannie qu’il leur inflige, l’usurier en refusant de soulager leurs détresses sans leur imposer des charges plus lourdes encore. Ainsi, à propos des coupeurs de route Il a déclaré qu’ils font la guerre à Allah et à Son Messager, et Il a annoncé ici à l’usurier, s’il ne renonce pas à l’usure, la guerre de Son côté comme de celui de Son Messager.
Puis Il dit : « Et si vous vous repentez, vous conserverez vos capitaux » ; c’est-à-dire : si vous abandonnez l’usure, que vous vous repentez devant Allah alors même que vous aviez déjà contracté sur elle, il ne vous revient que vos capitaux ; vous ne les augmentez pas au point de léser le débiteur, pas davantage vous ne les diminuez, de sorte qu’il vous léserait. Si le débiteur est dans la gêne, il est obligatoire de lui accorder un délai jusqu’à aisance, et si, par aumône, vous le déchargez de sa dette, c’est