Le Très-Haut a attribué le gain (kasb) aux hommes, bien qu’Il soit le Créateur de leurs actes : c’est, en effet, leur action propre, accomplie par eux. Quant à l’« extraction » (ikhrâj), Il l’a rapportée à Lui seul, car elle n’est pas de leur fait et ne relève pas de leur pouvoir. Ainsi, Il a rattaché à la créature ce qui entre dans sa capacité et S’est attribué ce qui échappe totalement à sa puissance. Ce verset contient, en filigrane, la réfutation de ceux qui assimilent ces deux domaines et dénient au serviteur toute aptitude, tout acte et toute efficacité.
Allah, exalté soit-Il, a ensuite limité Son propos à ces deux catégories de biens — ce qui provient de la terre et ce que l’on acquiert par le commerce — à l’exclusion, par exemple, du bétail ; et cela pour deux raisons.
- Sur le plan factuel, ces deux sortes représentaient alors la majeure partie de la richesse : les Émigrés étaient commerçants ; les Auxiliaires, agriculteurs. Il fallait donc exposer la règle qui les concerne, d’autant qu’ils étaient d’un usage général.
- Parce qu’ils constituent les racines mêmes de toute fortune et que le reste en découle. Le « gain » englobe en effet l’ensemble des transactions commerciales, quelles qu’en soient les branches : vêtements, denrées alimentaires, esclaves, animaux, outils, objets et tout ce qui relève du négoce ; quant à ce qui sort de la terre, il comprend céréales, fruits, trésors enfouis (rikâz) et minerais. Voilà les deux sources essentielles — et les plus répandues — de la richesse sur terre ; leur mention se révélait donc prioritaire.
Puis Il dit : « Ne choisissez pas délibérément ce qu’il y a de médiocre pour le dépenser [en aumône]. » Le Très-Haut interdit ainsi d’écarter sciemment la part de moindre valeur, comme le font la plupart des gens : ils gardent le bon pour eux et donnent au pauvre le mauvais.
Le fait même qu’Il proscrive cette intention laisse entrevoir une excuse pour celui qui le ferait sans dessein prémédité, mais simplement parce que c’était ce qu’il avait sous la main à ce moment-là, ou parce que tout son bien est de cet ordre. Celui-là n’a pas recherché le médiocre ; il a seulement voulu offrir une part de ce dont Allah l’a gratifié.
Dans l’expression « minhu tunfiqûn » — « de là vous dépensez » — le segment joue le rôle de complément circonstanciel : ne le visez pas précisément au moment où vous en dispensez.
Puis Allah dit : « Vous ne l’accepteriez pas vous-mêmes si ce n’est en fermant les yeux. » Autrement dit : si vous étiez les ayants droit et que l’on vous l’offrait pour s’acquitter de ce que l’on vous doit, vous ne l’accepteriez qu’en faisant preuve d’indulgence et de tolérance — d’où l’expression : « Untel a fermé les yeux sur une partie de son droit. » Et l’on dit au vendeur :