la dépense ; ils se répartissent en degrés auprès d’Allah. Les « gens du wâbil » – ceux dont la générosité s’apparente à l’averse abondante – occupent le rang le plus élevé : ils offrent leurs biens de nuit comme de jour, en secret comme ouvertement, et font passer autrui avant eux-mêmes quand bien même ils seraient dans le besoin. Les « gens du ṭal » (la fine rosée) représentent, quant à eux, le groupe intermédiaire des tempérants.
L’Écriture a donc illustré la situation de ces deux catégories et de leurs œuvres par l’image d’un verger dressé sur une hauteur ; leurs largesses, nombreuses ou modestes, sont comparées à l’averse et à la rosée. Or, de même que l’une ou l’autre de ces pluies purifie le verger et multiplie son fruit, de même leurs aumônes – qu’elles soient abondantes ou réduites – dès lors qu’elles procèdent de la recherche exclusive de l’agrément d’Allah et d’une résolution ferme, sont, auprès d’Allah, pures, croissantes et multipliées.
Les exégètes ont divergé sur la portée du terme « deux doubles » (ḍiʿfayn). Certains disent : « deux doubles d’une chose » équivalent à « deux fois son semblable en sus de l’original », alors que « son double » (ḍiʿfuhu) n’est que son semblable. D’autres affirment : « son double » correspond à deux équivalents, « ses deux doubles » à trois équivalents, « trois doubles » à quatre équivalents ; à chaque surcroît d’un « double » s’ajoute un équivalent. Ce second avis vise à différencier la forme singulière de la forme duelle ; ses tenants considèrent, en effet, que « le double » d’une chose est « son équivalent ajouté à l’original » ; si l’on y ajoute encore un équivalent on obtient deux équivalents, c’est-à-dire « deux doubles ». Ainsi, dire : « elle possède deux doubles » ne laisserait plus de différence entre le singulier et le duel ; chez eux, « deux doubles » équivaut à « deux équivalents » ajoutés à l’original, d’où, par nécessité, « trois doubles » vaudraient « trois équivalents » ajoutés à l’original, et ainsi de suite.
L’avis correct est que « deux doubles » (ḍiʿfayn) signifie simplement « deux équivalents » : l’original et son semblable. C’est ce que prouvent les versets : « …elle produit le double de son fruit » (2 : 265), c’est-à-dire deux fois, et : « Son châtiment sera doublé pour elle » (33 : 30) – c’est-à-dire multiplié par deux. Aussi, au sujet des bonnes œuvres, Allah dit-Il : « Nous lui accorderons sa récompense deux fois » (33 : 31).
La confusion qui a poussé certains à égaliser le singulier et le duel vient de l’idée erronée selon laquelle « le double » (ḍiʿf) désignerait « l’équivalent ajouté à l’original ». Il n’en est rien : l’équivalent revêt deux considérations ; pris seul, c’est un « double » ; pris avec son semblable, ils constituent « deux doubles ». Allah sait parfaitement.
Par ailleurs, les grammairiens ont également divergé quant à la fonction syntaxique du terme « fa-ṭallun » (une fine rosée).