d’y revenir.
On pourrait objecter : « Seul le rappel intéressé et l’offense qui accompagnent l’aumône au moment même où elle est donnée l’annulent ; s’ils surviennent après coup, ils ne l’invalident pas. » Or, rien dans la formulation du verset n’impose une telle restriction, et le contexte montre qu’elle est annulée par ce comportement de façon absolue.
Autre objection : le fait que le verset compare cette attitude à celle de l’ostentatoire qui ne croit ni en Allah ni au Jour dernier indiquerait que l’annulation ne vaut que pour un rappel offensant concomitant, au même titre que l’ostentation et l’absence de foi ; car, si l’ostentation survenait après l’acte, elle ne le rendrait pas caduc.
Réponse en deux points :
- La comparaison porte sur l’état même qui fait avorter l’œuvre : aussi bien l’ostentatoire que celui qui rappelle son don en blessant autrui réduisent l’acte à néant.
- L’ostentation n’existe qu’en même temps que l’action, son nom même venant de « montrer » : l’auteur agit pour que les gens voient son œuvre. Elle ne peut donc être postérieure. Le rappel intéressé et l’offense, en revanche, peuvent accompagner l’aumône ou la suivre, et ils la suivent plus souvent qu’ils ne l’accompagnent.
Quant à la parole divine : « comme celui qui dépense… », deux lectures s’offrent : soit le sens est « comme l’annulation qui frappe celui qui dépense… », la comparaison portant alors sur deux annulations ; soit : « ne soyez pas comme celui qui dépense son bien pour être vu des gens », et la comparaison concerne ici le dépensier lui-même.
Puis : « Son exemple (fa-mathaluhu)… » : l’exemple de ce dépensier dont la récompense est annulée est celui d’un safwân (rocher poli). Deux avis : certains le tiennent pour un singulier, d’autres pour le pluriel de safwah. Une mince couche de poussière le recouvre ; qu’une pluie torrentielle (wâbil) s’y abatte, elle le laisse nu, lisse, sans la moindre pousse ni rien d’autre.
Il s’agit là d’un des exemples les plus saisissants : le verset assimile le cœur du dépensier ostentatoire – son don n’émanant pas d’une foi en Allah et au Jour dernier – au rocher, par sa dureté, sa fermeté et son inutilité. Le faible reste de mérite attaché à son aumône est comparé à la poussière qui adhère au rocher, et la pluie battante qui emporte cette poussière figure l’obstacle qui a fait disparaître son aumône ; de même que la pluie enlève la terre du rocher et le laisse nu, de même ce facteur a rendu sa charité nulle et non avenue. Ainsi le dépensier ne peut plus rien tirer de sa récompense : elle a disparu, réduite à néant.
Un autre sens se dégage encore : celui qui dépense pour autre qu’Allah accomplit extérieurement un acte qu’il croit porteur de récompense et de croissance, à la manière du grain qui, lorsqu’on le sème dans la terre,