de quelque chose, et que tu vois que même ton salâm lui pèse, alors dispense-le de ton salâm.
On disait encore : « Lorsque vous rendez service, oubliez-le ; mais si l’on vous rend service, n’oubliez jamais. » C’est dans ce sens que l’on a récité :
« Quiconque m’offre un bienfait puis me le rappelle ne fût-ce qu’une fois ;
— celui-là, par Allah, est un avare. »
On a aussi dit : « Tel est pareil à un roc nu (safwân) celui qui donne au solliciteur puis le lui reproche ; et tel est pareillement un roc celui qui refuse sa largesse et se montre avare. »
Allah a interdit à Ses serviteurs de rappeler leurs bienfaits et Il a réservé cet attribut à Sa propre majesté : de la part des créatures, ce rappel n’est qu’amertume et humiliation ; de la part d’Allah, il n’est qu’abondance et rappel à la gratitude.
En vérité, c’est Lui le Bienfaiteur réel ; les serviteurs ne sont que des intermédiaires, si bien que la faveur revient à Allah seul. De plus, rappeler son don revient à asservir, briser et avilir celui qui le reçoit ; or, servitude et humiliation ne conviennent qu’à Allah.
Rappeler le bienfait, c’est encore pour le donateur se proclamer maître de la grâce et de l’octroi, possesseur et dispensateur de la bénédiction ; or, cette qualité n’appartient en réalité qu’à Allah. Celui qui rabâche sa générosité s’érige au-dessus du bénéficiaire, se jugeant indépendant et puissant, et expose par-là la bassesse et la nécessité de l’autre : cela ne sied guère au simple serviteur.
Par ailleurs, le donateur a son salaire garanti par Allah, lequel lui rendra bien davantage que ce qu’il a donné ; la compensation de son aumône se trouve donc auprès d’Allah. Quel droit lui reste-t-il encore sur le bénéficiaire ? S’il la lui rappelle, il le lèse d’une injustice patente et revendique un droit qui n’est plus le sien.
C’est pourquoi — et Allah sait mieux — son aumône est annulée par ce rappel intéressé : l’échange devait se faire avec Allah, et le dédommagement était auprès de Lui ; mais il ne s’en contente pas, cherche la contre-partie chez le bénéficiaire et, en le gratifiant d’un reproche, il rompt son marché avec Allah. Réfléchis donc à ces exhortations qu’Allah adresse à Ses serviteurs, à la manière dont Il leur rappelle Sa seigneurie et Sa divinité exclusives, et comment Il invalide l’œuvre de quiconque Lui dispute le moindre aspect de Sa seigneurie ou de Sa divinité ; il n’est pas de divinité en dehors de Lui, pas de Seigneur si ce n’est Lui.
Enfin, par Ses paroles : « puis ne font pas suivre ce qu’ils ont dépensé d’un rappel intéressé ni d’une quelconque offense », Il montre que le rappel intéressé et le tort, même lorsqu’ils surviennent longtemps après l’aumône, nuisent à leur auteur et l’empêchent d’atteindre le but recherché.