Al-Tafsīr al-QayyimIbn al-Qayyim

De telles comparaisons abondent dans le Coran ; la plupart, en vérité, suivent ce même procédé. Le verset se conclut d’ailleurs par deux de Ses Noms sublimes, parfaitement adaptés au contexte : al-Wâsiʿ (Celui dont la largesse est sans limite) et al-ʿAlîm (l’Omniscient). Que le serviteur ne trouve donc pas cette multiplication invraisemblable ni n’en rétrécisse l’horizon de son cœur : Celui qui multiplie est Sans-Limites dans Ses dons, Sans-Limites dans Sa richesse, Sans-Limites dans Sa grâce. Toutefois, qu’il ne s’imagine pas que l’immensité de ce don profite à tout dépensier ; Allah sait qui mérite une telle démultiplication et à qui elle convient, comme Il sait qui ne la mérite pas et n’y a aucune aptitude. Sa générosité et Sa faveur, exalté soit-Il, ne contredisent jamais Sa sagesse : par l’étendue de Sa miséricorde Il place Sa grâce là où elle doit se trouver, et par Sa sagesse et Sa science Il la refuse à qui n’en est pas digne.

Sourate al-Baqarah (2), verset 262 :
« Ceux qui dépensent leurs biens dans la voie d’Allah, puis ne font pas suivre ce qu’ils ont dépensé d’un rappel intéressé ni d’une quelconque offense, ceux-là auront leur récompense auprès de leur Seigneur ; nulle crainte pour eux et ils ne seront point affligés. » ⦗262⦘

Voici donc ce qu’est le « beau prêt » : qu’il soit consenti dans Sa voie, c’est-à-dire pour Son agrément et sur la route qui y mène, la plus utile d’entre elles étant celle du jihâd. « La voie d’Allah » a un sens général et un sens particulier, le particulier n’étant qu’une partie du général. De plus, l’aumône ne doit pas être suivie d’un rappel intéressé ni d’une nuisance. Or, le rappel intéressé (man) se présente sous deux formes :

  1. La première est celle du cœur : l’homme se rappelle intérieurement son bienfait sans en rien dire. Même si cette attitude n’annule pas l’aumône, elle dénote une conscience amoindrie de la faveur qu’Allah lui a faite : Lui a donné la richesse qu’Il a refusée à d’autres, L’a guidé à la dépense qu’Il a empêchée chez d’autres. La grâce appartient à Allah sous tous rapports ; comment le cœur pourrait-il alors prétendre à une grâce envers autrui ?

  2. La seconde consiste à manifester le rappel par la langue : il lèse celui qu’il a comblé en lui faisant sentir qu’il l’a façonné, qu’il lui a imposé une dette et lui a passé au cou un collier de reconnaissance. Il lui dit : « Ne t’ai-je pas donné ceci et cela ? » et énumère ses bienfaits. Sufyân déclara : « Il dit : “Je t’ai donné, mais tu ne m’as pas remercié !” » ʿAbd ar-Raḥmân ibn Ziyâd « 1 » rapporta : « Mon père disait : Lorsque tu fais un don à un homme… »

(1) Shaykh et qadi d’Ifriqiya, considéré comme le premier musulman né dans cette région, Abd al-Rahman b. Ziyad b. Anam al-Shaʿbani al-Ifriqi était un ascète et prédicateur. Il transmit des récits d’Abu Abd al-Rahman al-Jabli et de savants de sa génération, puis se rendit auprès du calife al-Mansur qu’il exhorta par de belles paroles ; toutefois, sa fiabilité en matière de hadith est jugée faible. Il mourut en 156 H / 773. Voir : Shadharat al-dhahab.
وهذا كثير من أمثال القرآن بل عامتها ترد على هذا النمط، ثم ختم الآية باسمين من أسمائه الحسنى مطابقين لسياقها وهما الواسع العليم فلا يستبعد العبد هذه المضاعفة ولا يضيق عنها عطفه فإن المضاعف واسع العطاء واسع الغني واسع الفضل ومع ذلك فلا يظن أن سعة عطائه تقتضي حصولها لكل منفق فإنه عليم بمن تصلح له هذه المضاعفة وهو أهل لها ومن لا يستحقها ولا هو أهل لها فإن كرمه وفضله تعالى لا يناقض حكمته بل يضع فضله مواضعه لسعته ورحمته ويمنعه من ليس من أهله بحكمته وعلمه. ثم [سورة البقرة (٢) : آية ٢٦٢] الَّذِينَ يُنْفِقُونَ أَمْوالَهُمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ ثُمَّ لا يُتْبِعُونَ ما أَنْفَقُوا مَنًّا وَلا أَذىً لَهُمْ أَجْرُهُمْ عِنْدَ رَبِّهِمْ وَلا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلا هُمْ يَحْزَنُونَ (٢٦٢) هذا بيان للقرض الحسن ما هو؟ وهو أن يكون في سبيله أي في مرضاته والطريق الموصلة إليه ومن أنفعها سبيل الجهاد، وسبيل الله خاص وعام، والخاص جزء من السبيل العام وأن لا يتبع صدقته بمن ولا أذى، فالمن نوعان. أحدهما: منّ بقلبه من غير أن يصرح له بلسانه وهذا إن لم يبطل الصدقة فهو من نقصان شهود منة الله عليه في عطائه المال وحرمان غيره وتوفيقه للبذل ومنع غيره منه فلله المنة عليه من كل وجه. فكيف يشهد قلبه منة لغيره؟. والنوع الثاني: أن يمن عليه بلسانه فيعتدي على من أحسن إليه بإحسانه ويريه أنه اصطنعه وأنه أوجب عليه حقا وطوقه منة في عنقه فيقول: أما أعطيتك كذا وكذا؟ ويعدد أياديه عنده، قال سفيان: يقول: أعطيتك فما شكرت. وقال عبد الرحمن بن زياد «١» : كان أبي يقول: إذا أعطيت رجلا
(١) هو شيخ أفريقية وقاضيها وأول من ولد بها من المسلمين عبد الرحمن بن زياد بن أنعم الشعباني الأفريقي الزاهد الواعظ، روي عن أبي أبي عبد الرحمن الجبلي وطبقته وقد وفد على المنصور فوعظه بكلام حسن وليس بقوي في الحديث توفي سنة ست وخمسين ومائة (انظر شذرات الذهب) .

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