est comparable à la fine poussière qui recouvre ce roc. La dureté et la compacité de ce qu’il cache empêchent toute pousse de s’y développer et le privent de la stabilité nécessaire lorsque s’abat l’averse torrentielle. Il ne possède aucun lien avec la terre féconde qui absorbe l’eau et fait germer l’herbe. Ainsi, l’ostentatoire ne dispose d’aucun enracinement lorsque se déversent sur lui les torrents des ordres et des interdictions, du décret divin et de la destinée. Dès qu’une pluie abondante de Révélation tombe sur lui, la mince couche de poussière qui le recouvrait s’en va ; apparaît alors le roc dur, stérile, sur lequel rien ne pousse. Tel est le modèle qu’Allah, exalté soit-Il, propose pour l’œuvre et la dépense de celui qui agit par ostentation : le Jour de la Résurrection, il sera incapable d’en retirer la moindre récompense, précisément au moment où il en aura le plus besoin. Et c’est d’Allah que vient la réussite.
Parole d’Allah, exalté soit-Il :
« … de peur que l’une des deux n’oublie et que l’autre le lui rappelle. » (Coran 2, 282)
Ce verset constitue une preuve : si un témoin oublie sa déposition et qu’une autre personne la lui rappelle, il ne peut se contenter de la parole de celle-ci tant qu’il ne s’en est pas souvenu lui-même ; il ne lui est pas permis de la suivre aveuglément. Allah dit en effet : « que l’autre lui rappelle », et non : « qu’elle l’en informe ».
Il existe à ce propos deux lectures : l’une avec redoublement consonantique (lecture lourde), l’autre allégée. L’opinion correcte est qu’elles renvoient toutes deux au même sens : le rappel (dhikr). Loin de la vérité est l’avis qui prétend transformer le mot en « dhikrâ » tant dans la forme que dans le sens ; Allah a fait de l’oubli la raison même du rappel, lequel s’oppose à l’oubli. Ainsi, lorsque l’une des deux femmes s’égare ou oublie, l’autre la rappelle et elle se souvient.
Quant à l’expression « an tadill-a » (« de peur que l’une des deux n’oublie »), les grammairiens de Koufa la comprennent comme : « afin que l’une des deux n’oublie pas ». Ils généralisent cette analyse partout où l’on rencontre cette construction, comme dans « Allah vous expose [ces lois] afin que vous ne vous égariez pas » (Coran 4, 175) et passages analogues.
On leur objecte cependant la forme verbale à l’accusatif dans « fa-tudhakkir-a ihdâhumâ al-ukhrâ » (« et que l’autre lui rappelle ») : selon leur interprétation, il faudrait comprendre « afin que vous ne vous égariez pas et afin qu’elle ne rappelle pas », ce qui ferait du rappel une chose réprouvée.
Les grammairiens de Bassora, pour leur part, estiment que « an tadill-a » repose sur un maṣdar elliptique exprimant la volonté, la répugnance ou la mise en garde.