qu’un préjudice ne le frappe du côté même de ce qui lui procure de la joie, et il ne désespère pas non plus que la joie survienne du côté même du préjudice, car il ne connaît pas les issues finales. Allah, Lui, en sait ce que le serviteur ignore. – De cette vérité découlent pour le croyant plusieurs conséquences :
Premièrement : rien ne lui est plus profitable que de se conformer à l’ordre de son Seigneur, fût-ce pénible au début, car toutes ses suites ne sont que bienfaits et joies, délices et réjouissances. Même si son âme le répugne, c’est pourtant ce qu’il y a de meilleur et de plus utile pour elle.
De même, rien ne lui est plus néfaste que de commettre ce qui est prohibé, quand bien même son âme le désire et y penche ; toutes ses suites ne sont alors que douleurs et tristesses, maux et calamités.
La marque du véritablement raisonnable est de supporter un léger désagrément pour le grand plaisir et le considérable bien qu’il lui fera atteindre, et d’éviter un plaisir fugace à cause de la grande peine et du long malheur qui le suivraient.
Ainsi, le regard de l’ignorant ne dépasse pas les débuts pour en apercevoir les fins, tandis que l’homme intelligent et avisé considère toujours les fins derrière les voiles des commencements ; il discerne au-delà de ces voiles des issues louables ou blâmables. Il voit les interdits comme une nourriture savoureuse mêlée d’un poison mortel : chaque fois que sa gourmandise l’appelle à en manger, la présence du poison l’en détourne. Quant aux prescriptions divines, il les voit comme un remède au goût amer qui mène pourtant à la santé et à la guérison : chaque fois que l’amertume l’en dissuade, l’utilité l’y invite.
Toutefois, cela requiert un surcroît de science permettant de saisir les fins à travers leurs débuts, ainsi qu’une force de patience disposant l’âme à endurer la difficulté du chemin dans l’espoir d’une heureuse issue. Quand la certitude et la patience font défaut, la tâche devient impossible ; mais quand la certitude se renforce, toute peine endurée dans la quête du bien et de la jouissance permanente devient légère.
Parmi les secrets de ce verset figure encore qu’il invite le serviteur à remettre son affaire à Celui qui connaît les issues et à se satisfaire de ce qu’Il choisit et décrète pour lui, dans l’espoir d’une fin louable.
Autre conséquence : il ne formule pas de requête précise à l’égard de son Seigneur, ne Se substitue pas à Lui dans le choix et ne Lui demande rien dont il n’ait pas la science ; car peut-être son préjudice et sa perte résident-ils justement dans ce qu’il convoite, sans qu’il le sache. Il ne privilégie donc aucun choix au détriment de son Seigneur ; il Lui demande plutôt de choisir pour lui le meilleur et de l’agréer de ce choix. Rien ne saurait lui être plus profitable.
Enfin, lorsque le serviteur remet son affaire à son Seigneur et se satisfait de ce qu’Il lui destine, Celui-ci l’assiste dans le choix qu’Il a opéré pour lui.