Cet exemple renferme deux figures : le « nāʿiq », c’est-à-dire celui qui élève la voix pour appeler les brebis et les autres bêtes, et le « manʿūq bih », l’animal interpellé, autrement dit les bêtes de somme.
On a donc dit : le « nāʿiq » représente l’adorateur – celui qui invoque l’idole –, et l’idole constitue le « manʿūq bih », l’objet de l’invocation. L’état du mécréant quand il appelle ainsi son idole ressemble à celui de l’homme qui crie vers ce qui ne l’entend pas. Tel est l’avis d’un groupe, parmi lesquels ʿAbd al-Raḥmān ibn Zayd «1» et d’autres.
L’auteur du Kashshâf, suivi par plusieurs savants, a jugé cette explication problématique : l’expression coranique « illā duʿāʾan wa-nidāʾan » (« rien d’autre que des appels et des clameurs ») ne la corrobore pas, disent-ils, puisque les idoles n’entendent ni appel ni clameur.
Trois réponses ont été proposées à cette objection.
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La particule « illā » serait ici superfétatoire ; le sens serait alors : « vers ce qui n’entend ni appel ni clameur ». Ils citent à l’appui ce qu’al-Aṣmaʿī rapporte du vers : « ḥarājīj, mā tanfakku illā manākhatan », c’est-à-dire : « elle ne cesse de s’agenouiller ». Cette réponse est toutefois invalide, car « illā » n’est jamais redondant dans une phrase affirmative.
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La comparaison porte uniquement sur l’acte d’appeler, non sur la nature de l’entité appelée.
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Le sens est le suivant : ces gens, lorsqu’ils invoquent leurs divinités incapables de saisir leurs supplications, sont comparables au berger qui crie après son troupeau ; ses cris ne lui procurent aucun avantage, sinon qu’il émet des appels et des clameurs. De même, le polythéiste ne retire de l’invocation et du culte qu’il voue à son protecteur défunt que fatigue et peine.
On a encore dit : la comparaison vise les mécréants et des bêtes qui ne comprennent du discours du berger rien d’autre qu’un son ; le berger représente celui qui appelle les mécréants, et les mécréants sont les bêtes interpellées.