et celui qui, dans cette vie d’ici-bas, s’est rendu étranger à Allah en Le désobéissant, trouvera son isolement avec Lui, dans le barzakh (l’entre-deux mondes) puis au Jour du Retour, plus terrible et plus âpre encore.
Quant à celui dont les yeux se sont apaisés en Allah ici-bas, ses yeux se réjouiront de Lui à l’agonie, au Jour de la Résurrection et lors du grand Rassemblement : le serviteur meurt dans l’état où il a vécu et il sera relevé dans l’état où il est mort. Alors son œuvre reviendra vers lui, telle quelle ; il goûtera, extérieurement et intérieurement, aux délices qu’elle engendre : joie, allégresse, saveur, ravissement, sérénité du regard, félicité, vaillance du cœur, optimisme, vitalité et dilatation de la poitrine. Tout cela constitue, parmi les bienfaits, ce qu’il y a de meilleur, de plus noble, de plus pur et de plus doux. Car qu’est-ce donc que le vrai bonheur, sinon la quiétude de l’âme, la jubilation du cœur, son ouverture, son allégresse et son espérance ?
De ses propres œuvres naîtra ainsi tout ce que son âme désire et ce qui ravit son regard parmi l’ensemble des délices convoités par les âmes et chéris par les yeux. La variété, la perfection et la pleine harmonie de ces délices dépendront de la perfection de l’acte, de la fidélité avec laquelle il aura été accompli, de la sincérité qui l’aura animé, du degré d’iḥsân (excellence spirituelle) qu’il aura atteint et de la diversité même des actions. Celui qui, dans ce monde, aura multiplié les œuvres agréées et aimées d’Allah verra se diversifier, dans l’autre monde, les catégories de jouissances dont il profitera ; elles se multiplieront à proportion de l’abondance de ses œuvres ici-bas, et l’accroissement qu’il y aura ajouté s’y traduira par un surcroît d’allégresse et de délectation là-haut.
Allah, exalté soit-Il, a en effet assigné à chaque œuvre — qu’Il l’agrée ou qu’Il la réprouve — un effet, une rétribution, une jouissance ou un tourment qui lui est propre, sans ressembler à l’effet ni à la rétribution d’une autre. De là vient la diversité des délices des gens du Paradis, la variété des tourments des gens de l’Enfer, et la multiplicité, dans ces deux demeures, des bienfaits comme des châtiments. Ainsi, la jouissance de celui qui a participé à toutes les causes de l’agrément d’Allah, en prélevant sa part de chacune d’elles, n’est pas comparable à la jouissance de celui dont la part se limite à un seul type de bonne œuvre ; de même, la souffrance de celui qui a eu part à toutes les causes de la colère divine n’égale pas la souffrance de celui qui n’a touché qu’à un seul domaine de ce qui provoque cette colère.
Le Prophète — paix et salut sur lui — a d’ailleurs suggéré que l’ampleur des délices goûtés par le serviteur dans l’au-delà est fonction de l’ampleur des œuvres correspondantes accomplies ici-bas. Il vit un jour, suspendu dans la mosquée comme aumône, un régime de ḥashaf (dattes sèches et de mauvaise qualité) ; il dit alors : « Le propriétaire de ceci mangera des dattes avariées le Jour… »