et d’éclairs, sans rien recevoir au-delà de cela — ce qui, dans le ṣayyib, constitue pourtant l’objectif recherché : la revivification des contrées et de leurs habitants, des arbres et des bêtes. En vérité, ces ténèbres, de même que le tonnerre et les éclairs qu’il renferme, poursuivent un autre dessein : ils ne sont qu’un moyen permettant de tirer de cette averse tout le bénéfice qu’elle recèle.
L’ignorant, tant son ignorance est profonde, se limite à éprouver dans le ṣayyib l’obscurité, le tonnerre et l’éclair, ainsi que leurs corollaires : un froid mordant, l’arrêt forcé du voyageur, l’interruption de l’artisan dans son ouvrage. Aucune clairvoyance ne lui permet de percevoir ce à quoi conduit finalement cette averse : la vie et l’utilité générales. Tel est l’état de tout esprit myope et faible : son regard ne dépasse pas la réalité déplaisante apparente pour atteindre ce qu’elle recouvre de désirable.
Voilà la condition de la plupart des créatures, hormis celui dont la vision intérieure s’est épurée. Ainsi, lorsque l’homme à la vue courte envisage le jihad, il n’y voit que fatigue et peines, risque de perdre la vie, blessures graves, réprobation des blâmeurs et inimitié de ceux dont il redoute l’hostilité ; dès lors il n’avance pas, parce qu’il ne perçoit pas les suites heureuses, les fins vers lesquelles se hâtent les compétiteurs et pour lesquelles rivalisent les émules.
De même, celui qui projette de voyager pour accomplir le pèlerinage à la Maison sacrée, mais ne discerne dans ce voyage que la pénibilité de la route, la séparation d’avec la famille et la patrie, l’endurance des difficultés, l’abandon des habitudes familières, et dont la raison ne dépasse pas l’horizon immédiat de ce déplacement, son issue et ses conséquences, celui-là ne se mettra pas en route et n’y résoudra point.
La situation de ces gens ressemble à celle de l’homme dont la clairvoyance et la foi sont faibles : il ne voit dans le Coran que promesses et menaces, avertissements et interdictions, ainsi que des ordres pénibles pour des âmes qu’il faut sevrer du lait des habitudes et des passions — et, pour l’enfant, rien n’est plus dur ni plus éprouvant que le sevrage.
Tous les hommes, quant à l’intellect, sont des enfants, à l’exception de celui qui a atteint la stature d’un homme mûr, parfaitement doué de raison, qui a saisi la vérité par la science, la pratique et la connaissance profonde ; celui-là regarde au-delà du ṣayyib, de son tonnerre, de ses éclairs et de ses foudres, et il sait que tout cela est la vie même de l’existence.
Al-Zamakhsharî a dit : On pourrait dire que la religion de l’Islam a été comparée au ṣayyib, parce que les cœurs revivent grâce à lui comme la terre revit sous la pluie ; que la mécréance a été assimilée à l’obscurité ; que les promesses et les menaces qu’il renferme sont comparées au tonnerre et à l’éclair ; et que les frayeurs qui accablent les mécréants face aux calamités