conscient de la vérité, épris d’elle, la privilégiant sur tout le reste ; or la maladie consiste soit à douter d’elle, soit à préférer quelque chose d’autre à sa place.
La maladie des hypocrites est donc un mal fait de doute et de suspicion, tandis que la maladie des pécheurs relève de l’égarement et de la passion. Allah – qu’Il soit exalté – a qualifié chacune d’elles de « maladie ».
Ibn al-Anbari déclare : « Le sens premier de “maladie” dans la langue est la corruption. On dit : “Un tel est tombé malade”, c’est-à-dire que son corps s’est corrompu et que son état a changé. L’expression “je suis atteinte de maladie” signifie : “je me suis altérée, j’ai été corrompue”. » La poétesse Laylâ al-Akhyaliyya a dit :
« Lorsque al-Hajjâj descend dans une contrée malade,
Il en recherche le mal le plus profond et la guérit. »
Un autre poète a lancé :
« Ne vois-tu pas que la terre est devenue souffrante
Depuis la perte d’al-Husayn, et que les régions se sont crispées ? »
Le terme « maladie » gravite ainsi autour de quatre idées : corruption, faiblesse, diminution et obscurcissement. De là l’expression : « Untel est malade dans telle affaire », c’est-à-dire qu’il y est faible et n’y va pas jusqu’au bout ; ou encore : « un regard malade », pour parler d’un œil languissant et affaibli. On dit aussi : « un vent malade », lorsque son souffle se fait doux et faible, comme dans ce vers :
« Les vents sont venus à tes campements, maladifs, »
– c’est-à-dire souples et faibles, au point de ne pas effacer les traces.
Ibn al-Aʿrabi ajoute : « Le fondement de la maladie est la diminution. » D’où : « un corps malade » – qui manque de force ; « un cœur malade » – qui manque de religion ; ou encore : « il y a maladie dans mon affaire », quand son mouvement s’est ralenti.
Al-Azhari, rapportant al-Mundhirî qui tenait lui-même la chose de certains de ses maîtres, dit : « La maladie est l’obscurcissement et le trouble de la nature après sa limpidité. » Il poursuit : « La maladie, c’est la ténèbre. » Puis il cite ces vers :
« Une nuit tellement malade de toutes parts
Qu’aucun soleil ni aucune lune ne viennent l’éclairer. »
Telle est l’origine du mot dans la langue.