si tu demeures droite, nous resterons droits ; et si tu dévies, nous dévierons. »
La cause qui jette le plus souvent les hommes sur leurs visages dans le Feu, ce sont — selon l’expression consacrée — les « moissons de leurs langues ». Or tout ce que la langue énonce appartient soit à ce qui agrée à Allah et à Son Messager, soit à ce qui ne L’agrée pas. Dans le premier cas, la parole l’emporte et pèse en faveur de son auteur ; dans le second, elle devient déficitaire et pèse contre lui.
La situation diffère des autres membres : l’homme peut, pour eux, tirer avantage d’un mouvement permis, neutre, qui lui procure confort ou intérêt légitime ; il lui est donc autorisé d’en user puisqu’il n’en résulte pour lui aucun tort dans l’au-delà. Le mouvement de la langue, en revanche, lorsqu’il n’apporte aucun profit, ne saurait produire que du dommage. Réfléchis-y attentivement.
Objection : la langue peut pourtant se mouvoir pour obtenir un bénéfice mondain licite, parfaitement neutre.
Réponse : dans ce cas, le statut de ce mouvement suit celui de l’acte visé. Si l’on a besoin de cette parole, son emploi devient prépondérant ; sans nécessité, il demeure déficitaire et ne lui profite pas, pesant donc contre lui et non en sa faveur.
Objection : si l’acte recherché est neutre, le moyen qui y conduit — le mouvement de la langue — devrait l’être également, car la règle veut que les moyens partagent le même jugement que la fin.
Réponse : cela ne s’impose pas toujours. Il se peut qu’une chose soit permise, voire obligatoire, alors que son moyen reste répréhensible. Ainsi, honorer un vœu d’obéissance est obligatoire, bien que l’acte de vouer lui-même soit déconseillé ; de même, un serment blâmable reste déficitaire, mais il faut soit l’honorer, soit expier ; de même encore, solliciter autrui en cas de besoin est répréhensible, tandis que l’usage de ce qu’on obtient par cette demande est permis. Les exemples sont innombrables. Il arrive donc que le moyen contienne une nuisance qui entraîne sa réprobation ou son interdiction, alors que la fin à laquelle il conduit n’est, elle, ni illicite ni répréhensible.
Section
Quant aux cinq formes d’adoration qui incombent aux organes, elles se déclinent elles aussi en vingt-cinq degrés, car les sens sont au nombre de cinq et chaque sens comporte cinq devoirs. Pour l’ouïe, il s’agit : 1) de l’obligation d’écouter attentivement, 2) d’accorder une oreille pleine et entière à ce qu’Allah et Son Messager rendent obligatoire,