il se peut qu’il la mette en pratique ou qu’il s’en détourne. Telles sont donc les catégories des êtres responsables : ils n’en sortent jamais.
Celui qui connaît la vérité et l’applique est « celui qui a reçu la grâce ». Il a purifié son âme par un savoir bénéfique et une action vertueuse ; c’est lui le bienheureux dont parle le Verset : « A certes réussi celui qui l’a purifiée » (Coran 91, 9).
Celui qui connaît la vérité mais suit ses passions est « celui qui a encouru la colère » ; celui qui l’ignore est « l’égaré ». Le premier est égaré quant à la bonne conduite, et le second a encouru la colère pour avoir manqué le savoir qui conduit à l’action. Tous deux sont donc à la fois égarés et frappés de colère, mais quiconque délaisse la vérité après l’avoir reconnue mérite plus encore le qualificatif de « colère ». C’est pour cette raison que les Juifs en sont particulièrement dignes, et la menace est plus sévère à leur encontre, comme dans cette parole divine : « Quel détestable troc ils ont fait pour eux-mêmes : renier ce qu’Allah a fait descendre, par jalousie qu’Allah répande de Sa grâce sur qui Il veut parmi Ses serviteurs ! Ils se sont donc chargés d’une colère sur une autre colère » (Coran 2, 90).
Il dit encore : « Dis : “Voulez-vous que je vous indique ce qu’il y a de pire, en fait de rétribution auprès d’Allah ? Ce sont ceux qu’Allah a maudits, contre qui Il S’est courroucé, qu’Il a transformés en singes et en porcs, et qui ont adoré le rebelle ; ceux-là sont les pires en position et les plus égarés loin du chemin droit.” » (Coran 5, 60).
Celui qui ignore la vérité mérite plus spécialement le nom d’« égaré » ; ainsi les chrétiens sont-ils qualifiés dans cette Parole du Très-Haut : « Dis : “Ô gens du Livre, n’exagérez pas dans votre religion en dehors de la vérité et ne suivez pas les passions d’un peuple qui, déjà, s’est égaré auparavant, a égaré beaucoup de monde et s’est détourné du chemin droit.” » (Coran 5, 77).
La première citation s’adresse donc aux Juifs, la seconde aux Chrétiens.
Dans un hadith rapporté par at-Tirmidhî et authentifié par Ibn Ḥibbân, ʿAdî ibn Ḥâtim relate que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Les Juifs sont (le peuple) sur lequel pèse la colère, et les Chrétiens sont les égarés. »⦗1⦘
Le fait de mentionner ceux qui ont reçu la grâce — ceux qui ont reconnu la vérité et l’ont suivie —, ceux qui ont encouru la colère — qui l’ont reconnue puis ont obéi à leurs passions —, et les égarés — qui l’ignoraient —, atteste nécessairement la réalité de la mission prophétique : cette triple division est celle que l’on constate effectivement parmi les hommes, et c’est l’existence même du message qui l’a rendue inéluctable.
Il a attribué la grâce à Lui-même, tandis qu’Il a omis de nommer l’auteur de la colère, et ce pour plusieurs raisons.