Ainsi, aucun d’eux ne serait puissant ; il est donc établi qu’il est impossible que chacun d’eux dispose de la puissance lorsqu’il est seul. Et si l’un et l’autre n’acquéraient la puissance qu’au moment de leur réunion, chacun deviendrait alors la cause qui rend l’autre puissant : celui-ci ne serait puissant que par la puissance que l’autre lui confère, et celui-là ne le serait qu’à la faveur de l’aptitude que le premier lui accorde. Il en résulterait que chacun influe sur l’autre, ce qui constitue une circularité entre agents et causes ; or cette circularité est nécessairement impossible et reconnue comme telle, pour de multiples raisons, par l’unanimité des esprits rationnels, car il est impossible qu’une chose agisse sur elle-même : comment, à plus forte raison, agirait-elle sur son propre agent ?
De plus, l’agent est, par essence, antérieur à son effet ; il faudrait donc que celui-ci fût, par essence, antérieur à celui-là, et que celui-là fût, par essence, antérieur à celui-ci, de sorte qu’une chose se trouverait antérieure à elle-même par deux degrés. Ainsi, de même que la circularité est impossible quant à la cause, elle l’est tout autant quant à la perfection même de son agir ; et, de même que la régression à l’infini est impossible dans l’ordre des causes, elle l’est également dans la totalité de leur efficience.
Il en va toutefois autrement de la circularité concomitante au sein des effets : celle-ci est admise par l’unanimité des gens de raison. Quant à la régression à l’infini touchant les effets, elle fait l’objet d’une controverse célèbre. Toutes ces questions sont exposées en détail dans d’autres ouvrages.
L’objectif, ici, est de montrer que la perfection exempte de toute déficience, possible pour l’existant, est nécessaire au Nécessaire-d’existence et inséparable de Lui ; il est inconcevable qu’elle Lui fasse défaut alors qu’elle est possible pour un être contingent. Elle ne saurait donc être simplement possible, susceptible d’être ou de ne pas être, car, dans ce cas, Il dépendrait d’un autre pour l’acquérir : soit chacun des deux accorderait à l’autre la perfection, soit ce second seul serait le donateur ; et, dans cette dernière hypothèse, cet autre, doté d’attributs