On dit d’un être qu’il est aveugle, sourd ou muet lorsqu’il se trouve privé d’une faculté qu’il est, par nature, apte à recevoir ; à l’inverse, on ne qualifie pas un corps inerte d’aveugle, de sourd ou de muet, car il n’est pas réceptif à de telles facultés. Par conséquent, ôter la vie, la science, la puissance et la parole à l’Être nécessaire n’implique nullement qu’Il doive être décrit par leurs contraires – la mort, l’ignorance, l’incapacité et le mutisme –, à moins qu’Il ne soit susceptible de ces imperfections ; or cette susceptibilité est soit impossible, soit non démontrée. Cette pseudo-objection a égaré nombre d’esprits brillants parmi les penseurs tardifs, jusqu’à al-Âmidî et ses semblables ; elle est toutefois invalide à plusieurs égards :
Premier point : soit Il est susceptible de se voir attribuer les attributs de perfection – vie, science, puissance et analogues –, soit Il ne l’est pas. S’Il ne l’était pas, cela constituerait une déficience plus grande encore que d’être susceptible de ces attributs sans en être effectivement qualifié, car l’être inanimé est plus déficient que l’animal aveugle. Puisque Le qualifier d’aveugle, de sourd ou de muet est impossible, alors même que celui qui peut l’être est plus accompli que celui qui ne peut recevoir ni ces défauts ni leurs contraires, il devient évident que l’impossibilité de recevoir ces attributs constitue une déficience supérieure. Or, si cette qualification est impossible pour Lui, affirmer qu’Il n’est pas susceptible des attributs de perfection l’est à plus forte raison ; il est donc inadmissible de prétendre qu’Il n’est pas apte à recevoir les attributs de perfection. Mais s’Il est apte à les recevoir – selon la relation « privation / possession » (al-ʿadam wa-l-malaka) dans leur terminologie –, alors, S’Il n’était pas qualifié par la vie, la science et la puissance, Il devrait nécessairement l’être par la mort, l’ignorance et l’incapacité ; or cela est manifestement impossible, et son contraire est donc vrai.
Deuxième point : toute perfection attestée chez une créature appartient, à plus forte raison, au Créateur ; et toute imperfection dont une créature est exempte, le Créateur mérite, a fortiori, d’en être exalté.