Or, une telle hypothèse ne prouve que l’existence d’une cause finale ; elle ne démontre nullement l’existence d’une cause efficiente. On dira : supposons que le mouvement soit volontaire, et qu’un mouvement volontaire doive nécessairement se rapporter à un bien-aimé, à un objet désiré ; quelle est donc la cause productrice, agente, de ce mouvement volontaire suscité par l’élan du désir ?
Si l’on postule que la sphère est nécessaire par son essence, cette assertion ne serait plus la leur et se révélerait caduque pour deux raisons.
La première est que l’être nécessaire par son essence ne saurait dépendre d’un autre, ni d’une cause efficiente ni d’une cause finale. Dès lors, si tu lui attribues une cause finale dont il dépendrait pour vouloir et se mouvoir, il cesse d’être autosuffisant et ne peut plus être nécessaire par son essence.
La seconde est que, s’il est admissible que la sphère soit nécessaire par son essence, il serait tout aussi admissible qu’elle fût elle-même la cause finale de son propre mouvement, de même qu’elle en serait la cause efficiente. Le développement détaillé de la réfutation de leur propos a été exposé ailleurs.
Quant à Ibn Sînâ et à ses disciples, ils se sont détournés de cette voie et ont adopté une méthode composite, mêlant la démarche des mutakallimûn à celle de ces philosophes. Ils ont déclaré : l’existant est soit nécessaire, soit contingent, et le contingent doit impérativement renvoyer à un Nécessaire, tout comme les mutakallimûn affirment : l’existant est soit créé (muhdath), soit éternel (qadîm), et le créé requiert nécessairement l’Éternel.