Si l’on objecte : « Pourquoi ne pourrait-on pas admettre que la complétude de la cause du second événement contingent consiste dans la non-existence du premier, non-existence qui coïncide avec le second ? », nous répondons : parce que l’absence, dès lors qu’elle n’implique aucun élément positif, ne saurait constituer une partie de la cause d’un existant ; en effet, le non-être n’a, par essence, aucune influence sur l’être. Il en va différemment de l’homme qui marche sur la terre : chaque fois qu’il parcourt une distance, une capacité et une volonté nouvelles se renouvellent en lui pour franchir la distance suivante.
Quant au Premier (– exalté soit-Il –), lorsqu’on dit qu’Il produit, par Sa propre Essence, un effet après l’autre, cela implique la perfection de Son efficience pour chaque produit au moment précis de son apparition ; l’acte par lequel Son Essence fait advenir le premier est une réalité positive, tandis que l’existence du second simultanément au premier, qui lui est contraire, est impossible ; or l’absence de l’impossible atteste la perfection de la puissance qui accompagne l’acte. Il n’en est pas ainsi si l’on soutient que l’état de l’Essence, à l’égard du premier et du second événement, est identique, et qu’il ne se renouvelle d’Elle ni d’autre chose ce qui impliquerait la perfection de Son efficience pour le second au moment de son existence.
Cette question se clarifie encore par le quatrième argument : si le second événement contingent est subordonné au premier, lequel le précède dans l’existence, alors que l’Être nécessaire se trouve, lui aussi, avant lui en tant que cause complète et éternelle, on tombe dans la contradiction. En effet, dans une telle hypothèse, tout ce par quoi les événements contingents adviennent existerait déjà avant eux, et rien de ce qui les produit ne serait concomitant avec eux. Or la cause doit accompagner son effet – que dire, à plus forte raison, d’une cause éternelle ! Il apparaît donc que l’affirmation d’une cause complète contredit la théorie faisant dépendre la survenue des événements de conditions antérieures, et contredit également l’opinion selon laquelle la complétude des causes surviendrait simultanément avec l’apparition des entités connues (c’est-à-dire les effets).