Cela relève du même ordre que ce qui échoit à certains adeptes des exercices ascétiques, et du même ordre encore que ce qui atteint certains malades nerveux sujets à des crises, lesquels prétendent que l’enseignement transmis par les Messagers concernant la seigneurie (rubûbiyyah) et le Jour dernier n’est qu’illusion et paraboles destinées à frapper l’esprit, et non l’annonce des réalités telles qu’elles sont.
Troisième caractéristique : il possède une force psychique par laquelle il agit sur l’hylé du monde, de la même façon que celui qui frappe de l’« ʿayn » (mauvais œil) dispose d’une puissance d’âme agissant sur la personne visée. Ils prétendent que les miracles (khawâriq al-ʿâdât) accordés aux Prophètes et aux awliyâ’ (alliés d’Allâh) relèvent de ce même registre.
La racine de leur doctrine est qu’ils n’affirment pas au Créateur de l’univers une volonté (mashî’ah), un choix et une puissance grâce auxquels Il serait capable de modifier le monde et de le faire passer d’un état à un autre. Pis encore, leurs maîtres n’admettent même pas qu’Il possède la science des détails de l’univers : certains disent qu’Il ne sait rien, d’autres qu’Il ne connaît que Lui-même, d’autres enfin qu’Il connaît les choses particulières d’une connaissance seulement universelle. Tel est l’avis retenu par Ibn Sînā ; c’est le meilleur de leurs propos, bien qu’il soit entaché de contradiction et de fausseté.