Quant au serviteur, il possède des attributs pour lesquels il est loué et auxquels il est ordonné, attributs qui, de par leur nature, ne sauraient convenir au Seigneur ; tels la servitude (al-ʿubūdiyya), la pauvreté, le besoin, l’humilité, la supplication, et tout ce qui s’y rattache. En cela même réside sa perfection : adorer Allah Lui seul. Le summum de cette perfection est que Dieu soit son unique objet d’adoration ; rien ne doit lui être plus cher qu’Allah, rien ne doit être plus grand à ses yeux qu’Allah. Il doit Le considérer comme sa divinité qu’il adore et son Seigneur qu’il implore, réalisant ainsi pleinement la parole :
« C’est Toi seul que nous adorons et c’est de Toi seul que nous implorons le secours ».
Les soufis philosophisants emboîtent, quant à eux, le pas à Ibn Sînâ dans les « Stations des connaissants » qu’il a exposées à la fin de son ouvrage Al-Ishârât. Ce sujet a été traité longuement ailleurs ; il y a été démontré que, malgré les éloges qu’Ar-Râzî lui adresse, sa démarche ne conduit qu’à un fanâ’ déficient, entaché d’une carence dans le tawḥîd de la seigneurie (ar-rubûbiyya) et dans l’affirmation des attributs divins.
Le fanâ’ qu’ont apporté les Messagers et que les Livres révélés ont consacré consiste à s’anéantir, par l’adoration d’Allah, de toute adoration d’autre que Lui ; à s’anéantir, dans l’amour, de l’amour de tout autre que Lui ; dans la crainte, de la crainte de tout autre que Lui ; dans l’espérance, de l’espérance en tout autre que Lui ; dans l’obéissance, de l’obéissance à tout autre que Lui ; de telle sorte qu’il réalise la réalité de la parole : « Lâ ilâha illâ Allâh ».
Il est, par ailleurs, authentiquement rapporté dans le Ṣaḥîḥ, d’après ʿUthmân, que le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit :
« Quiconque meurt tout en sachant qu’il n’y a point de divinité en dehors d’Allah entrera au Paradis. »