Al-Ashʿarî, ainsi que ceux qui le suivent, ont adopté l’avis de Jahm au sujet du décret divin (al-qadar). Certes, ils affirment l’existence de la puissance (qudra) et de l’acquisition (kasb), mais ce qu’ils établissent n’a, en réalité, aucune consistance : leur déclaration n’est autre que celle de Jahm, quand bien même ils le contredisent formellement quant à l’affirmation de la capacité et du « kasb ». C’est pourquoi leur position, qui consiste à nier la sagesse (ḥikma) et les causes (asbâb) présentes dans la Sharîʿa, contredit le consensus des Pieux Prédécesseurs et des juristes. En effet, l’un de leurs principes est qu’Allah ne crée pas en vue d’une sagesse et n’ordonne pas en vue d’une sagesse ; de sorte que, selon eux, il n’existe dans le Coran aucune « lâm de causalité » lorsqu’il est question de Sa création ou de Son commandement. Et lorsqu’on s’entretient avec eux des phénomènes naturels, ils ramènent toute chose au simple fait que l’Agent capable fait prévaloir l’une des deux possibilités sans cause, soutenant que tout lien constaté n’est qu’une habitude pure, sans connexion intrinsèque entre les éléments ; puis ils attribuent même cet énoncé à la Sunna.
Jamais aucun des anciens imâms ni des imâms de l’Islam — pas même les quatre ni d’autres — n’a tenu semblable propos ; bien au contraire, les textes rapportés d’eux et d’autres le contredisent explicitement, même si certains groupes parmi leurs disciples tardifs l’ont adopté, imitant en cela les théologiens spéculatifs affiliés à Jahm.
Ainsi, lorsqu’ils abordèrent la question de la raison, ils ne la considérèrent pas comme une faculté innée (gharîza), car, selon eux, il n’existe dans l’être ni disposition innée, ni nature, ni force capable de produire un effet ou de servir de cause à autre chose, qu’il s’agisse de la capacité du fils d’Âdam ou d’autre chose. Ils furent donc contraints de la définir comme une forme de connaissance nécessaire, poussant leur raisonnement jusqu’au bout.
Or, les textes transmis des imâms de la religion stipulent clairement que la raison est une aptitude innée, comme l’ont affirmé Aḥmad ibn Ḥanbal, al-Ḥârith al-Muḥâsibî et d’autres.