« Si tu l’ignores, c’est déjà un désastre ; mais si tu le sais, le désastre est plus grand encore. »
Quant à ceux-là, ils ont posé l’existence d’un agent qui, par sa seule essence, entraîne nécessairement son effet tout en étant dépouillé d’attributs ; conception viciée à bien des égards, dont nous avons déjà exposé certains. Ceux-ci, pour leur part, ont reconnu un Être tout-puissant qui ferait prévaloir l’un de deux possibles identiques sans aucun facteur de préférence, et ils ont déclaré : « Est tout-puissant celui qui agit alors qu’il lui est également loisible de ne pas agir. » Or cela n’est autre que la doctrine des Qadariyya, lesquels soutiennent que l’homme fait pencher l’un de ses deux actes possibles sans cause déterminante ; c’est aussi l’opinion des Jahmites et des Qadariyya à propos de l’acte du Seigneur.
Les gens de la Sunna, en revanche, affirment qu’un agent capable ne fait prévaloir l’un de ses possibles qu’en vertu d’un facteur prépondérant ; c’est là l’un de leurs arguments contre les Qadariyya.
Ils disent en effet : Allah a favorisé les obéissants par ce grâce à quoi ils ont choisi l’obéissance plutôt que la désobéissance, à la différence des désobéissants ; sans ce bienfait par lequel Il les a distingués, ils ne L’auraient pas obéi – ainsi que cela a été développé ailleurs.
Or, lorsqu’un agent capable possède une volonté parfaite, l’existence de ce dont il est capable s’ensuit nécessairement : il fait advenir, par Sa puissance et Sa volonté, ce qu’Il veut. Tout ce qu’Allah veut se réalise, et ce qu’Il ne veut pas ne se réalise pas ; tout ce que le Seigneur veut est nécessairement, et ce qu’Il ne veut pas est impossible – nécessité due à la présence de Sa volonté, impossibilité due à son absence.
Interpréter ainsi l’« agent capable et libre » réduit à néant les pseudo-arguments des philosophes qui nient l’existence d’un tel agent. De même, Jahm ibn Ṣafwân et ceux qui le suivent prétendent que l’agent capable et libre fait prévaloir l’un de deux possibles identiques sans cause ni sagesse ; ils nient donc les natures présentes dans les corps, la sagesse inscrite dans la création et l’ordre divins, ainsi que les causes établies dans les créatures et dans les prescriptions révélées.