Abû ʿAlî, Abû Hâchim, al-Ashʿarî — selon l’avis le plus répandu des deux qui lui sont prêtés — ainsi que le Qâḍî Abû Bakr, Abû Hâmid al-Ghazâlî et d’autres encore.
Bien que cette opinion soit faible, opposée au Livre, à la Sunna et à l’unanimité des Pieux Prédécesseurs — dépourvue de validité tant du point de vue de la Sharîʿa que de la raison —, ceux qui l’ont soutenue sont des hommes de mérite, mus par la recherche de la vérité ; leur intention n’était nullement d’énoncer sciemment ce qu’ils savaient être faux. La question a d’ailleurs été traitée longuement en divers passages.
Le point essentiel est que les « philosophes » sont, à l’origine, les sages des Grecs. De même, chaque nation, qu’elle appartienne aux détenteurs de Révélations ou qu’elle n’en ait pas, possède des sages conformément à sa religion : ainsi, les idolâtres de l’Inde ont eu leurs sages, les Perses mazdéens les leurs, tandis que les sages des musulmans sont les savants qui connaissent ce qu’Allah a révélé à Son Messager et qui le mettent en pratique. Mâlik a dit : « La sagesse consiste à connaître la religion et à y œuvrer. » Ibn Qutaybah et d’autres ont déclaré : « Dans la langue, la sagesse est savoir et action. » Par conséquent, quiconque connaît ce qu’ont annoncé les Messagers, y croit et l’agrée avec science et discernement, puis connaît leurs prescriptions, les écoute et leur obéit, celui-là a reçu la sagesse ; « et quiconque se voit accorder la sagesse s’est vu accorder un immense bien. »
Parce que tel est le sens originel du terme « philosophie », celui-ci en est venu à désigner quiconque emprunte la voie de ces Grecs, les suit dans leur « sagesse » — ainsi que ceux qui, parmi les générations postérieures, les ont imités. Ces derniers ont formulé dans cette discipline certaines thèses, qu’ils ont ajustées aux religions révélées. Or, si cette « sagesse » était exposée dans sa forme initiale, il y apparaîtrait tant de faussetés qu’elles feraient fuir tout esprit lucide connaissant la religion des Messagers. En vérité, les Messagers ont apporté, en matière de connaissance et d’éclaircissement des questions divines, un savoir tel que la « sagesse » grecque, comparée à lui, s’apparente à la médecine des vieilles femmes au regard de la médecine d’Hippocrate, ou encore à la brève « Milḥat al-Iʿrâb » face au livre de Sîbawayh.