Il s’ensuivrait alors la permanence de Sa pleine efficacité causale ainsi que de l’ensemble de Son effet ; or, si cela était vrai, rien ne surviendrait dans cet univers. La survenue même des événements prouve donc qu’Il n’est pas inséparable de tous Ses effets : l’efficacité causale parfaite, qui impliquerait la concomitance des effets, n’est pas fixée de toute éternité ; bien au contraire, les effets émanent de Lui successivement, si bien qu’Il est cause de tel événement, puis de tel autre. Il a déjà été établi que, si les effets devaient demeurer sans interruption, aucun changement n’existerait dans le monde.
Et si l’on objecte : « La nécessité porte seulement sur la permanence de l’efficacité absolue », nous répondrons : rien, dans cette affirmation, n’implique l’éternité d’aucune chose du monde ; car le fait qu’Il agisse sur une chose suppose que l’objet produit soit précédé du néant, et la permanence de Sa qualité d’Agent ne contredit nullement cette condition. Dès lors, le philosophe ne dispose d’aucun argument établissant l’éternité de quelque élément que ce soit de la création.
Quant à l’argument du théologien disant : « Puisque l’acte doit être précédé par le non-être, il faut admettre qu’Il a produit après n’avoir pas été producteur », on lui répond : as-tu posé qu’il est nécessaire pour chaque effet déterminé et chaque acte particulier d’être précédé par le néant, ou as-tu posé cela pour l’espèce même de l’acte ? Si tu choisis la première hypothèse, il n’y a aucune opposition à ce que chacun des actes et des effets soit précédé du néant, tandis que le genre de la causalité et de l’effet demeure permanent ; ainsi, ce qu’indique la preuve rationnelle ne contredit pas ce qu’indique ce principe.