La perfection veut qu’Il soit vivant, qu’Il parle lorsqu’Il le veut, qu’Il agisse : tantôt par des actions qui subsistent en Lui, tantôt par des effets créés, survenant les uns après les autres. Tel est le résultat auquel conduit cette démonstration, et du caractère permanent de l’espèce il ne résulte nullement la permanence de chacun de ses individus ni celle d’aucun d’entre eux. C’est exactement ce que tu soutiens toi-même à propos des mouvements des orbes et des événements terrestres : tu affirmes que l’espèce des phénomènes demeure sans commencement, alors qu’aucun d’eux, pris isolément, n’est éternel ; ils sont tous créés, bien que les événements ne cessent jamais. Si tu tenais un propos analogue au sujet de l’action du Nécessaire (al-Wâjib), tu aurais donné à cette preuve tout son dû, sans contredire aucune des évidences de la raison ni de la Révélation.
Deuxième aspect : si le fait qu’Il soit causalement actif à l’égard d’une chose déterminée faisait partie des nécessités de Son Essence, à l’exclusion des autres existants, alors Son action sur ces autres ne serait pas nécessairement inhérente à Son Essence. Il s’ensuivrait qu’une part de Son agir ne relèverait pas des nécessités de Son Essence de toute éternité ; il existerait donc un agir survenu, non éternel. Or, si cela se produisait sans qu’il se lève en Son Essence des affaires successives, on pourrait en dire autant de l’ensemble du monde : rien n’y serait éternel. Et si, au contraire, l’existence d’affaires successives en Lui est indispensable, il resterait possible que tout ce qui émane de Lui soit créé après n’avoir pas été, pour cette raison même, sans qu’aucune partie du monde ne soit éternelle.
Troisième aspect : soutenir qu’un agent agisse sur une chose tout en la déclarant ancienne de l’antériorité même de l’agent revient à réunir deux contradictoires, comme l’ont souligné les théologiens. Quant au fait que la cause qui fait qu’Il est agent soit Son Essence et les nécessités de Son Essence, cela n’implique pas qu’Il soit l’agent d’une chose déterminée, pas plus que cela n’implique qu’Il soit l’agent de toute chose. Et si l’on entend par là qu’Il est causalement actif à l’égard de toute chose, on dira : il est impossible que cela soit ainsi