comme le rejettent tous les gens doués de raison, lesquels disent : « Le possible ne peut être qu’un être survenu. » En effet, toute réalité possible, susceptible aussi bien d’exister que de ne pas exister, n’est nécessairement qu’une créature contingente, ainsi que cela a été amplement exposé en son lieu.
Dès lors, lorsqu’ils affirment que l’âme subsiste par la subsistance de son objet connu, il n’existe, parmi les objets de connaissance observables, rien qui demeure éternellement sans passer d’un état à un autre ; et, parmi les objets connus dont l’existence est établie par leurs propres démonstrations, il n’en est aucun qui subsiste de toute éternité, sans transformation, hormis Allah — Lui Seul. Quant aux intelligences et aux âmes qu’ils posent, elles n’ont de réalité que dans l’existence mentale, non dans l’existence extérieure. Pour ce qui est des âmes des fils d’Âdam, bien qu’elles perdurent, ce sont des âmes connaissant, qui s’accomplissent et se maintiennent par la permanence de ce qu’elles connaissent.
Le propos est donc qu’elle ne possède aucun objet connu dont la démonstration atteste la subsistance de toute éternité, par la permanence duquel elle subsisterait, hormis Allah, Lui Seul. Et lorsqu’ils disent que l’âme devient un monde intelligible, conforme au monde existant, ce monde-ci n’est stable dans aucun état ; il ne cesse, au contraire, de se transformer d’un état à un autre.
Selon la doctrine véridique, les sphères célestes sont créées et sujettes au changement ; mais selon leur prétention qu’elles seraient éternelles et sans fin, elles ne relèvent pas de l’universel : ce ne sont que des entités déterminées, relevant du domaine des choses sensibles, non de celui des intelligibles universels.
C’est pourquoi, lorsqu’un des leurs — Ibn Sînâ et ses semblables — a soutenu que le Seigneur ne connaît les particuliers que d’une façon universelle, prétendant qu’Il se connaît Lui-même et connaît ce qui procède de Lui, il s’est contredit : car Lui, glorifié soit-Il, est un être déterminé, ce qui procède de Lui est déterminé, les intelligences sont déterminées, non universelles, et les sphères célestes sont déterminées, non universelles.