Comment un attribut relatif à un être pourrait-il lui être antérieur d’une quelconque façon, d’autant qu’ils posent une antériorité effective dans le monde extérieur – mais une antériorité de portée universelle, semblable, selon eux, à celle de la cause par rapport à l’effet ?
Leur propos, sur ce point également, est vicié ; en effet, on n’a jamais constaté qu’un agent précède son produit autrement que d’une antériorité véritable, telle que l’acte survient réellement après lui – c’est ce qu’ils appellent « antériorité temporelle », que l’on nomme ou non l’agent « cause ».
Quant à l’exemple formulé par celui qui dit : « J’ai bougé ma main et l’anneau a bougé », le mouvement de la main n’est pas la cause efficiente du mouvement de l’anneau ; c’est plutôt celui qui met la main en mouvement qui met l’anneau en mouvement. L’anneau, tenu dans la main, est comparable à un doigt dans la main : le mouvement de la paume n’est pas la cause du mouvement du doigt, mais les deux se produisent simultanément en raison du lien de continuité qui les unit.
Cela a été démontré en son lieu : la thèse d’un « agent nécessitant de par son essence », dont l’effet serait concomitant à lui dans le temps, est une assertion dont la fausseté a été reconnue par les Anciens et les Modernes de toutes les écoles rationnelles, y compris Aristote et les premiers philosophes qui le suivent. Elle n’a été soutenue que par une poignée de pseudo-philosophes tels Ibn Sînâ et ses semblables, qui ont prétendu qu’un être possible par essence, susceptible aussi bien de l’existence que de l’inexistence, pourrait néanmoins être, par lui-même, éternel, sans commencement, et nécessaire du fait d’un autre.
Il ne s’agit là que de l’opinion d’une petite faction parmi eux. Quant à la majorité des philosophes – qu’ils professent l’éternité du monde, comme Aristote et ses disciples, ou qu’ils défendent son apparition –, ils la rejettent tous, tout comme la rejette le reste