Ils l’ont donc établi en s’appuyant sur les universaux, comme l’a fait Ibn Sînâ dans ses Ishârât, ou encore sur des existants que l’homme ne perçoit pas, non pas parce qu’il serait absolument impossible de les percevoir, mais pour d’autres raisons.
Quant à ce dont les Messagers ont informé concernant l’Invisible, il ne s’agit ni d’un concept abstrait logé dans l’âme, ni d’une réalité extérieure qu’il serait en toute circonstance impossible de sentir ; il s’agit au contraire de choses perceptibles, telles que les anges, les djinns et autres réalités similaires – toutes susceptibles d’être vues et ressenties.
Il en va de même pour ce qu’ils ont annoncé au sujet du Paradis et de l’Enfer : tout cela relève du domaine sensible. De même, le Seigneur – béni, exalté, sanctifié et magnifié soit-Il – peut être vu ; Il sera, en effet, contemplé des regards dans l’Au-delà, sur les plaines du Jugement puis au Paradis, comme l’établissent les textes mutawâtir provenant du Prophète – que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui – et comme l’ont unanimement reconnu les pieux prédécesseurs et les imams de la communauté parmi les Compagnons, leurs successeurs bien guidés et les imams des musulmans.
C’est pourquoi les Messagers ont distingué entre les deux catégories : celle du témoignage (ash-shahâda), c’est-à-dire ce que nous percevons actuellement, et celle du mystère (al-ghayb), à savoir ce qui est pour l’heure absent de notre perception. Il s’agit d’une distinction relative à notre état présent : nous sommes témoins de l’un, non de l’autre. Mais lorsque nous mourrons, l’Invisible deviendra Témoignage ; nous verrons alors ce dont les Messagers nous avaient informés et qui, auparavant, nous était caché.
Allâh – Exalté soit-Il – dit :
« Tu étais certes dans l’insouciance au sujet de cela ; Nous avons donc ôté ton voile, et ta vue, aujourd’hui, est perçante. »
(Sourate Qâf, v. 22)
Et Il dit également :
« Si tu les voyais lorsqu’ils seront présentés devant leur Seigneur ! Il dira : “N’est-ce pas là la vérité ?” Ils répondront : “Mais si, par notre Seigneur !” Il dira : “Goûtez donc le châtiment pour avoir mécru.” »
(Sourate al-Anʿâm, v. 30)