Ce distinguo qu’ils établissent entre les deux catégories – l’âme et l’intellect – prend sa source, selon eux, dans l’âme même de l’être humain : tantôt, présente dans son corps qu’elle administre, elle est qualifiée d’« âme » ; tantôt, séparée de lui, ils la nomment « intellect », parce qu’alors elle a saisi les intelligibles et est devenue un monde intelligible conforme à la réalité. C’est pour cette raison qu’ils ont appelé « intellects » les dix intellects et « âmes » les âmes célestes. Ils divergent toutefois – deux opinions – pour savoir si celles-ci sont des accidents inhérents à un corps ou des substances abstraites.
Or, lorsque l’on soumet l’affaire à un examen rigoureux, que l’on met à nu la teneur de leurs propos en ce domaine et que l’on dissipe les ambiguïtés nées des termes équivoques et des sens confus, on découvre qu’il ne subsiste, parmi leurs intelligibles abstraits, que ce que l’homme conçoit en lui-même : les universaux tels que l’humanité, l’animalité, l’existence commune, etc. Quant à une entité existant par elle-même à l’extérieur et comptant parmi les intelligibles qu’ils posent, elle n’a aucune réalité.
D’où l’erreur de celui qui imagine que le « monde des intelligibles » qu’ils affirment correspond à l’invisible (al-ghayb) annoncé par les Messagers – que la paix et la bénédiction d’Allāh soient sur eux tous. Plusieurs ont pourtant tenté de concilier leurs dires avec la révélation, comme on le voit chez al-Shahrastānī, Abū Ḥāmid, al-Rāzī et d’autres. En vérité, la distinction qu’ils font entre le monde intellectif et le monde sensible ne saurait être assimilée à la distinction entre l’invisible et le visible ; les intelligibles qu’ils établissent ne sont rien d’autre que des concepts contenus dans l’âme humaine, un accident qui y subsiste.
Quant au monde intelligible qu’ils prétendent impossible à percevoir par aucun sens, ils n’en possèdent aucune preuve ; et lorsque la nécessité de l’établir s’est imposée à eux, ils l’ont affirmé