ce qui est établi dans l’ordre externe, ou encore qu’il entend par l’une et l’autre tout ce qui est conçu dans l’esprit. On est même allé jusqu’à prétendre qu’il existerait dans l’intellect deux réalités distinctes : une quiddité et son existence, ou bien que, dans le monde extra-mental, se trouveraient deux réalités : une quiddité et son existence. Tout cela est erroné.
Par cette distinction précise, disparaissent l’ambiguïté et la controverse portant sur la question : la quiddité est-elle autre que son existence ou non ? Celui qui ne procède pas à cette clarification se verra, soit plongé dans la perplexité et l’arrêt – à l’instar d’al-Āmidī et de ses semblables –, soit tenu de tenir des propos contradictoires – comme al-Rāzī et ceux de son acabit –, soit encore persister dans la fausseté lorsqu’il prend parti pour l’une des deux opinions, ainsi que le font certains théologiens dialecticiens et philosophes.
Il s’agit ici de signaler l’origine de leur méprise : ils s’imaginent que ce qui se trouve dans l’esprit existe, en tant que tel, à l’extérieur, de la même façon qu’ils l’ont supposé à propos des universaux. Les premiers d’entre eux – partisans des Idées platoniciennes et disciples de Pythagore – les ont cru séparés de toute réalité sensible ; leurs successeurs, les disciples d’Aristote, les ont tenus pour inséparables des existants concrets. C’est pourquoi, parmi les entités immatérielles qu’ils prétendent détachées de la matière, rien ne peut réellement leur être concédé, si ce n’est l’âme humaine lorsqu’elle se sépare du corps ; car elle est effectivement séparée de celui-ci au moment de la mort. C’est uniquement sur cette base qu’ils ont qualifié d’« immatérielles » et « séparées de la matière » les autres choses qu’ils postulent.
Ainsi, ce qu’ils affirment concernant les dix intellects moteurs séparés – qui ne sont ni des corps ni liés à un corps, et qu’ils décrivent en disant : « ni dans la matière ni attachés à la matière » – ainsi que les neuf âmes célestes, qui ne résident pas dans un corps ni dans une matière, mais demeurent néanmoins liées à la matière, c’est-à-dire au corps, par un lien de gouvernance et d’administration,