Ce qui est connu en soi existe bel et bien à l’extérieur ; cette affirmation est correcte, car l’universel naturel est absolu, sans condition, et il correspond aux réalités concrètes qui se trouvent hors de l’esprit.
Ainsi, lorsque l’on déclare que le nom « homme » s’applique à tel individu comme à tel autre, l’énoncé est véridique ; il n’en va pas de même de l’universel intellectuel, lequel n’est posé qu’à la condition de l’absolu : il n’existe que dans les esprits et non dans les choses perçues, de sorte qu’il ne saurait s’accorder avec ce qui est au dehors. Il relève plutôt des constructions mentales, à l’instar de ce que l’intellect conçoit alors même que son existence extérieure est impossible, comme l’union ou la suppression simultanée des deux contradictoires.
Si l’on conçoit qu’une chose est à la fois existante et inexistante, ou qu’elle n’est ni existante ni inexistante, cette conception ne se produit que dans l’esprit et n’a pas lieu en dehors de lui. Aussi ceux qui ont imaginé que cet universel puisse exister à l’extérieur, soit conjointement aux existants particuliers, soit séparé d’eux, se sont-ils trompés, de la même manière que d’autres philosophes se sont trompés : ces derniers, en effet, prennent souvent pour existant au dehors ce qui n’existe que dans les esprits.
Tel fut l’égarement du premier d’entre eux, Pythagore et sa secte, au sujet des nombres absolus, concomitants et abstraits, qu’ils croyaient subsister hors des objets comptés et mesurés ; de même, l’erreur de Platon et de ses disciples au sujet des natures universelles – l’Homme universel, l’Animal universel –, qu’ils pensaient exister à l’extérieur comme des universalités dégagées des individus, éternelles et perpétuelles, sans commencement ni fin. Ils ont tenu les mêmes propos à propos du temps, de l’espace et de la matière : ils s’imaginèrent qu’il existe dehors une substance intellectuelle, pré-éternelle et éternelle, distincte des corps et de leurs accidents, ainsi qu’une substance exemplaire, pré-éternelle et éternelle, distincte des corps, de leurs mouvements et de la mesure de ces mouvements. Ils postulèrent encore l’existence d’une matière intellectuelle, dépouillée de toute forme, à savoir la matière première qu’ils soutiennent.