La limite de leur philosophie est la suivante : la perfection de l’âme, selon eux, consiste à devenir un monde intelligible conforme au monde existant. Or, cela ne se réalise qu’en saisissant la première philosophie et la sagesse suprême – qu’ils appellent, du point de vue de la connaissance humaine, « la science qui vient après la nature » (métaphysique) ; on peut également l’appeler « la science de l’être » lorsqu’on la considère en elle-même, et ils la nomment « science divine ».
Ils soutiennent que son objet d’étude est l’Être et tout ce qui lui advient en tant qu’Être : sa division en nécessaire et possible, en éternel et contingent, en cause et effet, en substance et accident ; la division des substances en cinq espèces – l’âme, l’intellect, la matière, la forme et le corps – ainsi que la division des accidents en neuf genres, selon l’opinion du Premier Maître. Deux vers sont censés les réunir :
Zayd, grand et brun, fils de Malik ancien,
Chez lui, hier encore, il reposait fort bien ;
Dans sa main un glaive tiré puis dégainé,
Voici dix catégories clairement énumérées.
Ces vers évoquent la substance, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le moment (c’est-à-dire l’espace et le temps), la position, la possession, l’action et la passion. Nombreux sont toutefois ceux qui ont contesté le fait de les limiter à neuf : certains les ramènent à trois, d’autres à cinq.
Il importe de noter que le sujet de cette science est une notion universelle absolue, commune à toutes ses espèces. En effet, l’Être réparti entre nécessaire et possible, entre substance et accident, entre éternel et contingent, n’est pas un être déterminé existant à l’extérieur. Or, la division est de deux sortes : la division de l’universel en ses espèces, et la division du tout en ses parties ; et le terme « qisma /division », selon la majorité, désigne la seconde. C’est dans ce sens que le Coran s’exprime lorsqu’Il dit :