Sans plus ample explication, cela ne procure aucun bénéfice à l’homme ; leurs propos se ramènent donc à prétendre que le plaisir même se confond avec la science même, sans la moindre condition de conformité entre la chose connue et celui qui la connaît. Ils affirment que l’œil se délecte de la vue, l’oreille de l’audition, et que l’âme se délecte de l’intellection. Or il est manifeste que l’œil ne jouit pas de toute vision, ni l’oreille de toute audition ; de même, l’âme ne goûte pas la délectation de toute forme de connaissance. Il faut nécessairement que l’objet soit conforme, ou qu’il constitue un moyen d’accès à ce qui est conforme, ou encore qu’il fasse obstacle à ce qui est contraire, et ainsi de suite.
Huitième considération : S’il y a en elle amour et volonté, l’âme déploie forcément une activité pour se procurer l’objet aimé et voulu ; cela représente une forme de mouvement qui lui convient. En effet, le « mouvement », dans leur terminologie, ne se limite pas au déplacement d’un lieu à un autre ; le déplacement n’en est qu’une espèce. Ils parlent d’un mouvement dans la quantité, d’un mouvement dans la qualité, d’un mouvement dans le lieu (al-’ayn) et d’un mouvement dans la position (al-waḍʿ).
Le mouvement dans la qualité consiste en la transformation d’un sujet d’un attribut à un autre, que ce soit dans sa couleur, son goût, son odeur ou autre chose. De la même manière, lorsque l’âme passe de l’ignorance à la science, de l’aversion à l’amour, ou de la douleur à la délectation, il s’agit d’un mouvement qualitatif.
Le mouvement dans la quantité est l’exemple même de la croissance qui survient dans les corps des animaux et des végétaux. Le mouvement dans la position ressemble au mouvement des sphères célestes : leur rotation n’implique pas qu’elles sortent de leur propre domaine. Quant au mouvement local, il s’agit du transport, tel le déplacement de l’eau, de la terre, de l’air et des corps composés d’un espace à un autre.
Il en va donc ainsi : l’âme, après la mort, demeure animée d’amour pour un objet et de désir ; si elle l’obtient, elle s’en délecte, sinon elle souffre. Elle éprouve ainsi douleur ou plaisir selon ce qu’elle perçoit de conforme ou de contraire, et cela constitue un mouvement. Il est d’ailleurs évident que tout ce qui éprouve douleurs et délices doit nécessairement être sujet à une forme quelconque de mouvement.